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MIPS FM | 19/06/2014 à 13h19 | " Le Pat’ de 2010, je le kiffe autant que le Pat’ de 2014 "

 

Retrouvez chaque jour l'analyse d'une rencontre de la Coupe du Monde 2014 disputée au Brésil, tête d'affiche ou pas.

 

Septième affiche de #UnJourauBrésil : Tim Cahill s'est retirée de la plus belle des façons, Mathew Leckie s'est révélé... et les Pays-Bas sont qualifiés

Groupe B
Australie 2-3 Pays-Bas
20' Arjen Robben / 21' Tim Cahill / 54' Mile Jedinak / 58' Robin Van Persie / 68' Memphis Depay 

 

"La liberté est incompatible avec la faiblesse." La Coupe du Monde est un spectacle à la saveur toute particulière. Près de trois siècles plus tard, Les mots du Marquis de Vauvenargues, écrivain de profession, ont une résonance toute particulière pour les joueurs de la sélection australienne. Après avoir livré une prestation exceptionnel face à un Pays-Bas poussif, Tim Cahill et les siens sont officiellement éliminés de la compétition. Sans doute la dernière pour l'australien bondissant. Une élimination prématurée pour une équipe qui a su remercier ses supporters de la meilleure des façons. Leur faiblesse tactique et leur incapacité à enfoncer le clou ont eu raison des velléités des Leckie et autres Oar et Jedinak. La transmission entre l'ancienne et la nouvelle génération s'est donc effectuée face aux Pays-Bas. Un invité de choix.

Retour sur une rencontre qui a remboursé les 90 minutes de souffrance du spectacle livré par l'Iran et le Nigéria lundi dernier.

 

Cahill marque le Mondial, l'air de rien

34 ans et tous ses dons. Exilé du côté de la MLS - la Major League Soccer, le championnat américain de football -, Tim Cahill coule des jours heureux sous les lumières de New York en compagnie de Thierry Henry et Peguy Luyindula. Le Socceroos y a déposé ses valises depuis juillet 2012, suite à une belle aventure de quinze années effectuée en Angleterre. En fait, Cahill est un véritable aventurier. Un globe-trotter qui n'a pas froid pas aux yeux et a toujours cru en ses capacités de footballeur. A l'âge de 18 ans, le futur buteur d'Everton ose demander à ses parents l'impossible : quitter son Australie natal pour accomplir son rêve de devenir footballeur en terre européenne. Né d'une mère de Samoa et d'un père irlandais, Tim Cahill choisi donc de découvrir un pays à proximité de ses racines paternelles. Sept ans plus tard, le jeune homme signera son premier contrat en Premier League du côté des Toffees. Sous les ordres de David Moyes, Tim Cahill n'a certes remporté aucun titre mais récolte des remarques dithyrambiques de la part des observateurs pour ses qualités de footballeur hors-norme.

Cahill est reconnu autant pour son engagement sans limite que pour ses nombreux buts inscrits de la tête. Culminant péniblement à 1m78, l'attaquant de poche australien a trouvé un moyen d'entretenir cette légende à travers la plus belle scène aux yeux de tous footballeurs : celle de la Coupe du Monde. Et dès le premier match de sa sélection. Rapidement mené aux scores par des chiliens au-dessus du lot, les Socceroos vont s'en remettre à la qualité du jeu de tête d'Air Cahill pour revenir à la marque. Suite à un bon travail de Locke puis un centre de Franjic venant de la droite, Cahill s'élève dans le ciel de Cuiabá pour crucifier le portier chilien d'une belle tête décroisée. L'Australie s'inclinera finalement (1-3) face au futur bourreau de l'Espagne. Après une première sortie manquée, les coéquipiers de Bresciano vont réussir à mettre à profit leur deuxième match de la compétition pour donner des frissons à tout un peuple. Et Tim Cahill se distinguera une nouvelle fois dans les airs. Mais cette fois-ci du pied. Et face aux Pays-Bas s'il vous plaît.

La confrontation face aux hollandais arrivait donc au bon moment pour la formation d'Ange Postecoglou. Une belle façon de jauger leurs capacités de révolte face à une des meilleures nations du continent européen. Arrivé à la tête des Socceroos suite à la débâcle essuyée face à l'Equipe de France en en octobre dernier (6-0), le binational gréco-australien a su révolutionné le jeu d'une sélection grabataire. Certaines mauvaises langues avaient affirmé que les joueurs avaient lâché son prédécesseur au cours de ce match amical face aux français pour faciliter la prise de pouvoir de Postecoglou. Neuf mois, plus tard, la gestation de l'homme aux quatre sélections internationales a accouché d'un beau bébé. Malchanceux face à une formation chilienne de grande qualité, l'Australie n'avait pas démérité. Mais ils étaient rentrés à la maison avec zéro point dans la besace. La bande à Cahill était donc motivée à remporter la victoire face aux Pays-Bas pour entretenir leurs chances dans cette compétition.

"Nous voulons vraiment faire un résultat, donc nous allons essayer de trouver les espaces où nous pourrons faire mal à l'équipe néerlandaise" affirmera le vétéran australien en conférence de presse d'avant-match. Le message n'est pas tombé dans l'oreille de dix coéquipiers sourds. L'Australie a tout fait pour créer un exploit dont personne n'aurait soupçonné le scénario. Et ce n'est pas Louis Van Gaal qui dira le contraire. " L'Australie a dominé la première période." Et ce n'est pas peu de le dire.

 

Pressing, abnégation et autres armes tactiques

Le premier quart d'heure se révèle désastreux pour l'Orange Mécanique. Le rouleau compresseur made in Netherlands a comme perdu de sa puissance et de sa superbe face aux kangourous australiens. Sorti vainqueur du duel face au Champion du monde en titre espagnol lors du premier match de poule (5-1), les hollandais se présentaient sur la pelouse du stade José Pinheiro Borda remplis de certitudes. Voire un peu trop. La suffisance légendaire de cette sélection refait surface au pire des moments. Et l'Australie va en profiter. En cinquante secondes chrono. Suite à l'ouverture du score néerlandaise d'Arjen Robben - un énième raid solitaire - à la vingtième minute, les néerlandais vont se faire avoir sur le coup d'envoi. Et le bourreau se nommera une fois de plus Tim Cahill. 

Air Cahill est à la réception d'une transversale de quarante mètres adressée depuis la ligne médiane par Ryan McGowan. Auteur de trente-quatre buts en sélection nationale, l'ancien attaquant de Milwall FC ne se pose pas de question et reprend la balle haute de demi-volée avec le pied gauche. Neuf fois sur dix, ces tentatives périlleuses se transforment en cadeau de bienvenue aux supporters placés derrière les cages. Cette fois-ci, le présent sera d'un tout autre acabit. Le ballon de Cahill se logera sous la transversale du portier néerlandais. Cahill n'a pas besoin de baskets Air Jordan pour s'élever dans les airs. Son truc à lui, ce sont les crampons en peau de kangourou. Pour être aussi adroit tout en s'élevant à des hauteurs stratosphériques, il n'y a pas de secret.

Reboosté par cette rapide égalisation, les australiens vont multiplier les offensives et mettre à mal la composition en 3-5-2 reconduite par le général Van Gaal. Le futur manager de Manchester United a failli se faire avoir par le vieille adage « on ne change pas une équipe qui gagne ». Contraint de modifier sa tactique en 4-3-3 – structure de jeu traditionnelle pour les joueurs du plat pays - face au pressing incessant de la formation australienne mais surtout suite à la blessure du défenseur Martins Indi juste avant la pause, Mais la sauce ne prendra pas immédiatement. Et le danger ne viendra pas seulement du roi des airs australo-irlando-samoan.

La belle prestation des Socceroos ne relève pas seulement d'un dernier sursaut d'orgueil. L'Australie proposera un jeu de qualité basé sur une stratégie bien huilée. En phase défensive, les dix joueurs de champ sont mobilisés pour défendre leur camp. Tim Cahill s'occupe de déclencher le pressing. Il sera constamment suivi dans cette tâche par les deux ailiers, Oar et Leckie, peu avares d'efforts. Derrière ce trio offensif, Jedinak et McKay forment le deuxième rideau défensif de l'équipe. Doté d'un pied droit de qualité, le premier cité n'est autre que le capitaine de la sélection australienne. Cantonné à la récupération du ballon, Mile Jedinak s'imposera au cœur du jeu sans calculs ni retenus. Avant les kilomètres par dizaine, le capitaine des Socceroos se chargera de transformer le penalty accordé par le corps arbitral peu après le début de la seconde période (54'). Ce deuxième but donnera l'avantage à son équipe. Son compère du milieu de terrain, Matt McKay sera préposé aux phases de relance. Son apport sur le but de Cahill parle de lui-même. Sur les rotules, ce duo précieux restera sur le terrain jusqu'au coup de sifflet final. A la vie, à la mort. 

En phase offensive, la participation des joueurs est tout aussi importante. Tim Cahill fait bien sûr office d'éclaireur de luxe sur le front de l'attaque des Socceroos. Son travail fut constamment relayé par ses deux lieutenants des couloirs. Sur le papier, Tommy Oar est positionné à sa gauche, et Mathew Leckie à sa droite. Mais le football est un sport de mouvements, et les deux hommes l'ont bien compris. Ils ne cesseront, tout au long de la rencontre d'échanger de position et de tourner la tête à Ron Vlaar et compagnies. Meneur de jeu par intermittence du FC Utrecht depuis 2010, Oar est doté d'un bon pied gauche. Capable de jouer sur les côtés ou derrière l'attaquant, il s'accommodera à ce poste d'ailier offensif. Son physique frêle aura raison de lui à l'heure de jeu. Son alter égo crèvera l'écran. 

 

Lucky Leckie manque de chance

Mathew Leckie semble sortir tout droit d'une bonne série américaine des années 2000. Mèche gélifiée, raie sur le côté et barbe proéminente de trois jours, Leckie est un bel homme détesté par les hommes. Daley Blind pourrait en témoigner. Le beau gosse de Melbourne a donné le tournis tout au long du match à l'arrière gauche néerlandais. Au regard de la prestation de Leckie Luke face aux Pays-Bas, faite d'accélérations et de dribbles chaloupés, cache une carrière professionnelle où la chance a toujours fait partie de son camp. 

Le destin de Leckie a tout d'un self-made man à l'américaine. Formé aux Lions de Bulleen, un club de la banlieue de Melbourne, Leckie s'est rapidement imposé dès 2008 au sein de l'équipe première du club. Situé à Manningham, les Lions de Bulleen font partie du championnat local. Ce centre de formation est une véritable pépinière de talents : trois joueurs sélectionnés pour participer à la Coupe du Monde avec la sélection australienne proviennent de ses antres. Hormis Mathew Leckie, le vétéran de 35 ans et meneur de jeu Marco Bresciano mais aussi l'arrière gauche titulaire Davidson sont sortis de l'Ecole de football de Bulleen. Mais c'est sans aucun doute le premier cité qui a crevé l'écran au cours de ce mondial. 

Trente-cinq matchs et quinze buts plus tard, Leckie sera transféré en 2009 du côté d'un club plus huppé : l'Adélaïde United. Il fera ses débuts en A-LEAGUE - l'équivalent de la Ligue 1 en France -  le 19 septembre de la même année face au Melbourne Victory. Son seul fait d'arme interviendra six mois plus tard en Ligue des Champions asiatique. Le 24 Février 2010, l'Adelaïde United affronte le club chinois du Shandong Luneng. Le champion de Chine 2008 et le futur champion 2010 se présente comme un ogre face à la formation australienne. Leckie a bien conscience que cette rencontre constitue un moyen efficace de montrer ses qualités de footballeur hors des terres australiennes. Le futur numéro 7 de la sélection australienne marquera le but de la victoire face à des chinois désabusés (2-0). Sa belle réputation est maintenant faite. Quelques mois plus tard, le natif de Melbourne sera sélectionné par l'entraîneur de la sélection des moins de 19 ans de l'Australie. Leckie représentera sa nation en Coupe d'Asie de sa catégorie. Un an plus tard, le gamin de Port Philippe concrétisera son rêve de gosse : évoluer en Europe et dans l'un des plus grands championnats européens. La Lucky Leckie est née.

Recruté par le Borussia Mönchengladbach à l'été 2009, il débutera de la meilleure des façons son bail avec le double vainqueur de la Coupe de l'UEFA - désormais appelé "Europa League" - en marquant un but au cours de son premier match amical. Après des débuts en fanfare, Leckie disparaîtra petit à petit du groupe professionnel, la faute à un physique trop fragile pour évoluer au plus haut niveau. Au cours de sa première saison, Lucky Leckie perdra sa bonne étoile en ne participant qu'à une dizaine de matchs sous le maillot du quintuple Champion de Bundesliga. Reconduit vers la porte de sortie par les dirigeants dès septembre 2011, Leckie fera ses armes au sein de la deuxième division allemande du côté du FSV Francfort sous la forme d'un prêt. Après deux bonnes saisons, il sera définitivement recruté par le club de la région du Rhein-Main-Gebiet. Leckie conclura la saison 2013-2014 avec dix buts marqués en trente-et-unes rencontres de 2.Bundesliga. Le FSV Francfort finira à une modeste treizième place. En guise de remerciement, le club lui demandera de faire ses valises direction le FC Ingolstadt 04. Signé à quelques jours du début de la Coupe du monde, le contrat liant l'international et le dixième du dernier championnat allemand de deuxième division risque de s'achever plus rapidement que prévu. Au plus grand bonheur de Lucky Leckie. 

Au regard de ses prestations au cours de ce Mondial brésilien, l'ailier droit risque de susciter de nombreuses convoitises. Doté d'une belle pointe de vitesse et d'un coup de rein dévastateur, le jeu de Leckie est en pleine mutation. Le joueur a rajouté à ses atouts naturels un physique plus adapté à la pratique du football de haut niveau. Il ne reste plus qu'à faire preuve de constance et acquérir un esprit de tueur. Cette dernière exigence lui a cruellement manqué au cours du match contre les Pays-Bas... et a définitivement scellé les espoirs de sa sélection d'entrevoir les portes des huitièmes de finale. Après un premier but refusé suite à une poussette sur Blind, Leckie s'était pourtant remis en selle. L'arrière droit avait eu droit à quelques tours de manège gratuit. Mais la soixante-huitième minute mettra fin à son avantage psychologique sur l'international néerlandais

La scène se passe donc à une vingtaine de minutes de la fin de la rencontre. Peu après l'égalisation concédée suite à une frappe du gauche de Van Persie - son troisième but de la compétition -, les coéquipiers de Cahill se remettent à l'assaut du but néerlandais. Suite à une relance approximative du gardien des Pays-Bas, Jasper Cillessen, Ron Vlaar rate sa tentative de transmission vers son latéral droit. Matt McKay se précipite sur cette offrande pour récupérer le ballon puis servir Oar dans la surface de réparation. Le numéro 11 des Socceroos s'empare du ballon au niveau de l'angle gauche des six mètres néerlandais. Que faire à ce moment précis ? Frapper de toutes ses forces ou trouver un coéquipier mieux placé. En pur altruiste, Oar décide dans la seconde d'offrir une balle de but à son pendant de gauche. Comme pris de cours par la passe de Oar, Leckie ne trouve comme autre partie de son corps à mettre en opposition que sa poitrine. Le geste est beau mais peu maîtrisé. Il finira dans les mains du portier néerlandais, tout heureux de récupérer le ballon. Vingt secondes plus tard, Memphis se chargera de mettre les Pays-Bas sur la route de la qualification. Sa frappe déclenchée des trente-cinq mètres finira dans le petit filet gauche des cages australiennes. Le football de haut niveau ne pardonne pas les approximations. Lucky Leckie manque de chance. Mais ce n'est que partie remise pour ce jeune joueur de 23 ans. Le destin est désormais entre ses pieds. 

Contrairement à son pote Oar, sorti à la soixante-dix-septième minute, Leckie restera sur la pelouse jusqu'au terme de la rencontre. Tim Cahill le laissera aussi tomber une dizaine de minutes avant la fin du match. Averti peu avant la pause - et donc suspendu pour le dernier match de poule suite à un premier carton jaune reçu face au Chili -, sa dépense d'énergie le contraindra à faire ses adieux à la Coupe du monde dès la soixante-neuvième minute, soit une minute après le coup de poignard de Memphis Depay. Ce troisième but permettra aux Pays-Bas d'être la première équipe officiellement qualifiée pour les huitièmes de finale du Mondial... et scellera définitivement le sort des Socceroos. Suite à leur prestation face aux vices-champions du monde en titre, les partenaires de Bresciano peuvent sortir la tête haute de cette édition 2014.

 

Avec ses 35 ans au compteur, Air Cahill ne va sans doute plus fréquenter le terminal destination Mondial. Mais avec des talents tels que Oar et Leckie, la relève semble assurée. Vérification dans quatre ans en Russie, si les australiens arrivent à choper un billet via les éliminatoires qui débuteront dans deux ans. "Les épreuves peuvent faire de toi un homme meilleur." Le Testament de Rohff a sans doute était repris par Cahill pour consoler ses deux jeunes coéquipiers. Comme un mot d'adieu pour des lendemains heureux : Lucky Leckie a le temps et la liberté d’apprendre.

 

MIPS F.M.

 

En bonus, l'un des premiers buts marqués par Tim Cahill en MLS. En sept secondes s'il vous plaît. Un record made in Australia !

Le but de Tim Cahill 

 

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#07UnJourauBrésil - Air Cahill passe la main avec classe
Tag(s) : #Socceroos, #Pays-Bas, #Leckie, #Oar, #Jedinak, #Cahill, #Van Gaal, #Memphis, #UnJourauBrésil, #Mips FM
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