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MIPS FM l 21/03/2016 à 12h35 l « Le CPE, moi aussi j'ai manifesté. Il s'agissait d'un contrat au rabais pour les jeunes. Ma loi, ce n'est pas ça (...) », Myriam El-Khomri dans la Matinale de RTL du 9 mars 2016, ministre du Travail, quelques heures avant la première vague de manifestations contre la loi Travail

Mieux que les recettes de grand-mère, les remèdes de coach tentent d'égayer les papilles les plus exigeantes en décortiquant les méthodes tactiques, techniques et de management élaborés par les techniciens, confirmés ou en devenir, face au tableau noir.

Après un focus sur Stéphane Moulin, le faiseur de miracles du SCO d'Angers, Zinedine Zidane passe au révélateur de MIPS FM. L'ancien joueur emblématique du Real Madrid, en charge de l'équipe réserve depuis la rentrée 2014, fut lancé dans le grand bain en janvier dernier en remplacement de Rafael Benítez. 

Désireux de renforcer l'assise défensive de son équipe, l'entraîneur français a aligné le jeune Casemiro en position de milieu défensif à l'occasion d'un 1/8e de finale retour de la Ligue des Champions victorieux, à domicile, face à l'AS Roma (victoire 2-0 des Merengues le 8 mars 2016). Un gage de sécurité choisi pour le premier match couperet de sa toute nouvelle carrière d'entraîneur, au risque d'attiser les foudres d'un public exigeant du spectacle.

 

La philosophie

Florentino Pérez en rêvait, les mauvaises relations entre Rafael Benítez et les leaders du vestiaire ont précipité l'intronisation de son poulain. La candidature de l'ancien libéro du Real Madrid fut appuyée - voire imposée - par les conseillers du président. L'entraîneur espagnol, nommé en juin 2015 en provenance du club napolitain, sera débarqué sept mois après sa prise de fonction. Le torchon brûlant entre les cadres du vestiaire merengue et l'ancien entraîneur des blanquinegros a fait partir en fumée le « rêve de Rafa ». Les joueurs ont été rapidement exaspérés par les recommandations sur les techniques de passes et de frappes proférées par le technicien madrilène. Fin novembre 2015, la station de radio espagnole Cadena Ser révèle les conseils donnés par Rafael Benítez à ses stars : Luka Modric est sommé de mettre fin à ses tentatives de passes de l'extérieur du pied pour privilégier l'intérieur et Cristiano Ronaldo s'est vu proposer un test biomécanique pour déceler un éventuel problème d'équilibre et de gestuel. Le désir de Florentino Pérez de voir Zinedine Zidane à la tête de l'effectif professionnel de la Casa Blanca devient réalité le 5 janvier 2016 après une énième contre-performance en Liga - un nul concédé sur la pelouse du FC Valence (2-2). 

Mais avoir porté la camiseta du Real Madrid ne suffit pas à asseoir son autorité dans un vestiaire où les égo sont exacerbés. Le passage de Zinedine Zidane sous les couleurs du Real Madrid, avec en point d'orgue le gain de la « novena » Ligue des Champions en 2002, inspire le respect assied une légitimité auprès des joueurs. Y compris de la part de Cristiano Ronaldo. « J'accomplissais naturellement mon travail avec Benítez, j'étais sérieux et faisais mon possible pour le club, mais il ne voit pas le football de la même manière que Zizou. Ne me demandez pas pourquoi, mais les joueurs préfèrent Zidane, ils lui font davantage confiance », déclarait-il fin janvier à l'issue d'une victoire à domicile face au Sporting Gijón (5-1).

Tenter de connaître les qualités managériales du néophyte Zidane est possible sans déranger le triple Ballon d'Or. Le portugais et l'enfant de la Castellane partagent la même « culture de la gagne et une résistance à la pression ». Une exigence née de sa relation avec Marcelo Lippi du côté de la Juventus de Turin. Interrogé par le magazine Planète Foot en 2011, Zinedine Zidane explique que « les joueurs respectent » le parcours des anciens car « ils savent de quoi ils parlent ». L'ancien meneur de jeu de l'Équipe de France a pris le temps, entre 2011 et 2016, de passer ses diplômes d'entraîneur professionnel de football (DEPF, en cours de validation) puis de manager général d'un club sportif au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges (CDES). Un apprentissage intensif qui n'est pas le fruit du hasard selon Jean-Pierre Karaquillo, le cofondateur et directeur de l'établissement. « Zidane est un garçon prodigieusement intelligent. Il avance à petits pas et ne part pas à l’aventure. Chez nous, il a acquis des outils en marketing, gestion et management ». Désireux d'obtenir une crédibilité à travers l'acquisition de savoirs tactiques, techniques et managériales, « Zizou » n'a pas rechigné à endosser tour à tour le rôle d'analyste vidéo, d'entraîneur adjoint durant la première saison de l'ère Ancelotti puis d'entraîneur en chef la Castilla entre juillet 2014 et janvier 2016 - l'équipe réserve du Real Madrid - avant d'atteindre le graal en janvier dernier. Une progression graduelle permettant à l'ex-numéro 5 de la « Maison Blanche » d'asseoir définitivement son autorité à la tête d'un effectif professionnel.

Côté tactique, Zinedine Zidane choisit l'offensive. Ce penchant paraît logique si on se réfère à son rôle de chef d'orchestre des actions offensives lorsqu'il évoluait à l'intérieur des limites du terrain. Son leitmotiv ne varie pas d'un iota depuis le banc de touche. Une philosophie expliquée avec passion par Raphaël Varane dans une interview accordée en février 2016 à L'Équipe Magazine. « Déjà, il t'explique qu'un joueur défensif doit jouer offensif, se projeter vers l'avant (...) Il m'a fait comprendre que passer les lignes adverses est un geste protecteur. Tu défends aussi en éloignant le danger de manière constructive. Tu projettes ainsi l'acte défensif chez l'adversaire. Joueur offensif, c'est aussi anticiper pour aller de l'avant. (...) Si je sais où je veux jouer avant de recevoir le ballon, c'est plus simple. Plus fluide ». Zinedine Zidane essaie de faire progresser l'international français dans ce secteur, non sans peine. Au point de le mettre sur le banc pour la seconde manche face à l'AS Roma. Raphaël Varane s'était montré assez fébrile face aux percées balle au pied déclenchées par Mohamed Salah et Stephan El Shaarawy, positionnés sur les ailes d'une attaque romaine orpheline de numéro neuf. Incapable d'assurer des relances rapides et précises, le patron de la défense de la sélection française ralentissait le processus de construction des offensives madrilènes et se retrouvait acculé en phases défensives. « Zidane était très intéressé pour tout ce que l'on faisait sur le terrain, par les choix tactiques que j'essayais d'expliquer à l'équipe. C'était un Fuoriclasse, il comprenait tout de suite ce que je lui demandais, notamment se mettre à la disposition de l'équipe », affirmait Marcello Lippi dans un entretien accordé en 2013 au journal l'Équipe. Il ne restait plus qu'à l'ancien meneur des Bleus de mettre son intérêt en application et gérer les atermoiements tactiques de certains de ses joueurs. 

 

L'application en match

Real Madrid 2-0 AS Roma
1/8e de finale retour de la Ligue des Champions (Aller : 0-2)
64' Cristiano Ronaldo - 68' James Rodriguez

Aux grands maux, les grands remèdes pour l'intouchable Zinedine Zidane. À l'instar de son prédécesseur espagnol - désormais coach de Newcastle, l'entraîneur français renforce son milieu de terrain en titularisant le jeune brésilien Casemiro, un joueur à vocation purement défensive, en pointe basse du triangle. Avec une philosophie aux antipodes de celle prônée par le technicien espagnol. «Il faut s'adapter, régler les problèmes du système et chercher un équilibre dans la phase défensive pour progresser offensivement», déclarait Rafael Benítez lors de la conférence de presse officialisant son intronisation à la tête du décuple vainqueur de la coupe aux grandes oreilles.

Formé au Sao Paulo FC, Casemiro fut enrôlé par la Casa Blanca en janvier 2013 à quelques minutes du terme de la période hivernale de transferts. Après une intégration réussie dans la Castilla, l'équipe B du Real Madrid, Casemiro est recruté définitivement six mois plus tard contre un chèque de 6 millions d'euros. Le joueur brésilien participe à une cinquantaine de rencontres, souvent avec la réserve et dans le rôle de la doublure... du remplaçant au sein de l'équipe professionnelle. Las de colmater les absences de Sami Khedira, Luka Modric ou Angel Di Maria, Casemiro traverse la Raya pour s'aguerrir sous les couleurs du FC Porto. Un pari gagnant avec une trentaine de rencontres au compteur et une prestation remarquée en 1/4 de finale aller de la Ligue des Champions face au grand Bayern Munich. Un an après avoir inscrit à son palmarès une première coupe aux grandes oreilles avec les Merengues.

De retour à Madrid - après une levée de l'option d'achat par le FC Porto contre un chèque de 7,5 millions d'euros renvoyé par le président Pérez, le milieu brésilien est adoubé par un autre revenant : Rafael Benítez. Le coach espagnol en fait sa vigie devant la paire Ramos-Pepe (ou Varane). Casemiro, comparé au champion du monde Dunga pour son style rugueux, enchaîne les prestations de bonne facture mais ne peut empêcher la déroute à domicile face au FC Barcelone (0-4) le 21 novembre 2015. Sous la pression populaire et la volonté de Florentino Pérez de voir aligner les « estrellas » de l'effectif pour le Clasico, Rafael Benítez avait privilégié une titularisation de la paire Kroos-Modric devant la défense. Quatre mois plus tard, la présence de Casemiro derrière l'international allemand et l'ancien joueur de Tottenham, placés un cran plus haut, s'est imposée à Zinedine Zidane comme une solution crédible pour stabiliser une équipe déséquilibrée dans les phases offensives. Sa participation au 1/8e de finale face à l'AS Roma met en lumière ses lacunes techniques annihilant ses efforts primaires sur le plan défensif.

Après une première faute concédée au bout de onze secondes de jeu et une tentative à l'aveugle d'une aile de pigeon à la quatrième minute, Casemiro se concentre au cours de la première demi-heure sur les tâches défensives pour reprendre confiance. Faisant preuve d'autoritarisme dans ses interventions, le numéro 14 Merengue faut dans la transmission du ballon, alternant des passes peu appuyées et vers l'arrière obligeant son équipe à reculer. Ses pertes de balles entraînent deux occasions romaines (Edin Dzeko à la 13e minute et Mohamed Salah à la 28e minute). Mais c'est la première offensive des giallorossi qui met en lumière le chemin à parcourir par Casemiro pour se présenter en crédible successeur d'un Claude Makelele ou un Fernando Redondo. À la cinquième minute, sur un dégagement à l’emporte-pièce du défenseur grec Manolas, le jeune brésilien se retrouve sur la même ligne que Kroos et Modric, soit à quinze mètres de la surface de réparation romaine, laissant vingt-cinq mètres de vide entre sa position et la défense. Délaissant son rôle d'essuie-glace pour se lancer à corps perdu dans une offensive conjugué au placement très haut des deux latéraux (Danilo et Marcelo), Casemiro oblige les deux défenseurs centraux à colmater les brèches. Pepe joue le rôle de milieu défensif en pressant aux trente-cinq mètres Edin Dzeko et Sergio Ramos couvre le couloir gauche laissé vacant par Marcelo. Résultat : au moment de l'exécution du centre par le latéral droit et capitaine romain Alessandro Florenzi, l'AS Roma se retrouve en supériorité numérique avec quatre joueurs Romains dont trois attaquants (Mohamed Salah, Edin Dzeko et Stephan El Shaarawy) et un milieu de terrain (Diego Perotti) dans la surface adverse protégée par trois madrilènes, en l'occurrence Pepe, Danilo... et Casemiro, revenu au pas de course. Le numéro 14 se montrera tout aussi fragile sur le plan mental en pétant les plombs à la dixième minute en assénant un tacle appuyé et par derrière sur Diego Perotti à 70 mètres des cages de Keylor Navas. Incapable d'effectuer un dépassement de fonction sans mettre son équipe en danger (25', 36'), Casemiro laisse souvent le soin à Pepe (29') et Ramos (31') d'apporter du surnombre en déclenchant les attaques. Remplacé à une dizaine de minutes du terme de la rencontre par Mateo Kovačić, l'international brésilien sort éreinté d'une rencontre au niveau physique et technique peu élevés.

Une semaine plus tard, Casemiro et les siens enchaîneront deux matchs de Liga en sortant d'abord indemnes in-extremis du piège tendu à Las Palmas (1-2) puis en se débarrassant facilement du FC Séville (4-0) des Français Benoît Trémoulinas, Adil Rami et Kévin Gameiro. Le rôle et la présence de la vigie de l'idole du football français reste aussi inextricable que ses failles techniques et tactiques.

Zinedine Zidane, qui voue une admiration pour Marcelo Lippi, pourrait appliquer avec Casemiro les principes managériaux utilisés pour le rassurer au début de son épopée turinoise. « (Marcello Lippi) est une personne qui a compté pour moi. Au début, je n'étais pas bon et le seul, je dis bien le seul qui m'a fait confiance, c'est Lippi. Il se projetait vers l'avenir ». À deux semaines du Clasico face au FC Barcelone, l'heure est à l'élaboration d'un remède plus efficace au risque de voir la colère monter dans l' « aficion » de la Casa Blanca car « ici, le supporter est habitué à voir des stars, beaucoup de buts, à gagner plus de titres que personne. Une deuxième place est un échec cuisant. Tout cela rend le public très exigeant, tous les joueurs et entraîneurs qui viennent ici le savent. Rien ne sera facile, c'est un club très spécial où l'hincha espère jusqu'au moment où il se fatigue, et il se fatigue très vite... », assénait le 16 janvier 2016 l'ancien président du Real Madrid Ramon Calderón au cours d'un entretien accordé au site So Foot.

 

Florent Motey

 

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Casemiro conserve la confiance du coach madrilène - Crédits : Real Madrid TV
Casemiro conserve la confiance du coach madrilène - Crédits : Real Madrid TV
Casemiro conserve la confiance du coach madrilène - Crédits : Real Madrid TV

Casemiro conserve la confiance du coach madrilène - Crédits : Real Madrid TV

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