Transporté à l'hôpital Clinico de Madrid après une rixe entre supporters, un homme de 43 ans, ultra du Deportivo La Corogne, a trouvé la mort quelques heures avant la rencontre entre l'Atlético Madrid et l'équipe galicienne (victoire 2-0 des Colchoneros).
Ce genre d'événements, peu courant en Espagne, rappelle le combat permanent livré par les présidents de clubs contre des groupes de pseudo-supporters prêts à utiliser un rencontre sportive comme prétexte pour se battre.
Retour sur un événement qui rappelle que le sport peut attiser la haine de certains êtres (presque) humains.
Dix-huit ans après
11h15. Le téléphone portable est accroché aux oreilles des dirigeants de deux clubs espagnols. À l'autre bout du fil, le répondeur. La Fédération espagnole de football est aux abonnés absents. L'insistance des présidents de l'Atlético Madrid et du Deportivo La Corogne n'y changeront rien: leurs deux formations sont invitées à disputer la rencontre à midi pétantes, faute d'accord positif provenant des autorités sportives locales. Le match, conclu sur le score de 2-0 en faveur des Colchoneros de Madrid, se disputera envers et contre tout événement. Et quel événement...
8h40. Dix-huit ans presque jour pour jour. Le 8 novembre 1998 exactement après le décès d'Aitor Zabalata, jeune supporter de la Real Sociedad, un autre supporter a trouvé la mort à quelques hectomètres du stade Vicente Caldéron à Madrid.
D'après le site d'information espagnol El País, environ 2.000 individus affiliés à des groupes d'ultra des deux clubs s'étaient données rendez-vous pour s'affronter quelques heures avant le coup d'envoi. Roué de coups, le pseudo-supporter du groupe ultra des Riazor Blues sera par la suite balancé par des membres du Frente Atlético dans le fleuve Manzaranes qui jouxte le stade du champion d'Espagne en titre, situé à l'ouest de la capitale espagnole. Repêché par les urgentistes présents sur place, "Jimmy", l'homme âgé de 43 ans, décédera quelques minutes après son admission à l'hôpital Clinico de Madrid.
Selon le service urgentiste de Madrid, l'homme est décédé suite à "un état d'hypothermie et un arrêt cardiaque". Le site Eurosport.fr indique que le pseudo-supporter était "atteint d'un traumatisme crânien". Le président du Deportivo, Tino Fernandez a tenu à déclarer son soutien à la famille du défunt. "Nous, les clubs, devons lutter contre ce type de choses" insiste Tino Fernández. "Le type est venu à Madrid pour se battre. Ça peut arriver quand on a ce genre de vie" ajoute Fred Hermel, correspondant en Espagne pour le quotidien L'Équipe.
Onze autres personnes ont été retrouvées blessés suite à ces affrontements dont un représentant des forces de l'ordre. La police a procédé à l'arrestation d'une vingtaine d'individus.
Barça et Real, même combat
Les dérives entre groupes de supporters ne sont pas légion en Espagne. Les deux formations les plus titrés du football ibérique se battent depuis quelques années pour mettre hors d'état de nuire les rares provocateurs pullulant dans les tribunes ou aux abords de leur stade.
Du côté du Camp Nou, le "nettoyage" des travées fut entamé sous la gouvernance Laporta. Président du club entre 2003 et 2010, Joan Laporta a effectué un véritable assainissement des tribunes de l'enceinte des Blaugrana. Dès son arrivée, il n'hésitera pas à partir en croisades contre la frange violente des supporters, les "Boixos Nois" (les garçons fous en français) en les excluant du stade. Ce coup de force lui vaudra plusieurs menaces de morts et des tags hostiles sur les murs de sa maison. Il sera accompagné de gardes du corps à chacune de ses sorties pendant plus de deux ans.
Même intransigeance du côté de la Maison Blanche. De retour aux affaires en 2009, le président Florentino Perez mettra à la porte les Ultra Sur. Le stade a perdu en ambiance mais a gagné sensiblement en termes de sécurité. Pour le président du Real Madrid, cette décision était "indispensable" pour le bien-être des supporters. Et sans doute pour l'image du club qui jouira d'une enceinte rénovée à l'horizon 2020.
MIPS F.M.
Une liste non exhaustive produite par le site espagnol As des décès de supporters survenus en Espagne au cours de ces soixante dernières années.
"Nous, les clubs, devons lutter contre ce type de choses".
