MIPS FM | 19/06/2014 à 13h19 | Le lendemain du premier but de Wayne Rooney inscrit en Coupe du Monde, 757 minutes après ses premiers pas dans la compétition...
Retrouvez chaque jour l'analyse d'une rencontre de la Coupe du Monde 2014 disputée au Brésil, tête d'affiche ou pas.
Huitième affiche de #UnJourauBrésil : Quand Arévalo Rios et ses compatriotes se mettent à table, il ne reste plus que des miettes
Groupe D
Uruguay 2-1 Angleterre
39' et 85' Luis Suárez / 75' Wayne Rooney
Titulaire indiscutable de la Celeste, Arévalo Rios est le symbole de la grinta à l'uruguayenne. Doté d'un physique animal, le vrai-faux sosie de Pitbull est le porte-drapeau d'une Uruguay conquérante et victorieuse. Malmenés lors du premier match de l'édition 2014 de la Coupe du Monde par des costaricains en état de grâce, les compatriotes de Rios ont laissé l'eau des critiques sous les ponts pour se refaire une santé. Et revoir leur tactique. Surnommé el profesor - il était maître d’école avant de devenir entraîneur professionnel -, le sélectionneur Óscar Tabárez a donc dû trancher dans le vif face à des joueurs indisciplinés. La blessure d'un certain Diego Lugano l'aidera dans cette tâche difficile. Le retour de Suárez, l'enfant sacré de toute une nation conduira sa Celeste vers la victoire. De son côté, Arévalo Rios se chargera de glisser à l'oreille des anglais les plus réfractaires, tout au long du match, sa phrase fétiche : ce soir, ça ne va être possible.
Retour sur un succès tactique où le Rosbeef fut découpé en petits morceaux par Rios et ses compatriotes de la Celeste.
Rios, la "Cabeza Dura"
Qui a dit qu'un séjour en Europe - considéré comme le berceau des championnats de football les plus compétitifs - ouvrait automatiquement les portes d'une sélection nationale ? Egidio Arévalo Rios prouve en tout le contraire. Sa réputation de pitbull, autant par l'aspect physique que gestuelle s'est construite principalement sur le continent américain. Agé de 32 ans, l'homme que l'on appelle plus communément Arévalo Rios est un pur produit de la formation uruguayenne. Le milieu de terrain a fait ses armes du côté du club mythique du CF Peñarol.
Triple vainqueur de la Coupe Intercontinentale - la compétition réunissant les vainqueurs des Ligue des Champions de chaque continent -, principalement dans les années 1960 (1961, 1966 puis 1982), le CF Peñarol a fourni à la Celeste une ribambelle de joueurs. Parmi eux, le buteur Alberto Spencer fait figure de modèle. Meilleur buteur de l'histoire du club avec 326 buts au compteur, Spencer a marqué le football uruguayen, même s'il n'a évolué que cinq fois sous les couleurs de la sélection nationale. De son nom complet Alberto Pedro Spencer Herrera, le goleador d'origine équatorienne a été le principal artisan des conquêtes nationales et internationales du Peñarol de 1960 à 1970. En sa présence, le club a remporté sept titres de champion d'Uruguay (de 1960 à 1962, en 1964, 1965, 1967 et 1968) en trois Copa Libertadores (1960, 1961, 1966) et s'est emparé à deux reprises de la Coupe intercontinentale (1961, 1966) Surnommé "Cabeza Mágica", n'a pourtant participé à aucune édition de la Coupe du Monde. Au contraire d'Arévalo Rios. Après avoir remporté le championnat uruguayen en 2010 avec le même Peñarol, la "Cabeza Dura" en est déjà à sa deuxième participation dans cette compétition internationale avec la Celeste.
Après une quatrième place glanée au terme du Mondial 2010, les uruguayens avaient à cœur de livrer à leurs supporters un parcours tout aussi spectaculaire. Amputé de l'absence de leur buteur vedette, un certain Luis Suarez, la Celeste va connaître des débuts compliqués. L'entrée dans la compétition s'est faite de la plus mauvaise des façons pour les deux nations. Côté Uruguay, on est tombé sur un os costaricain. Emmené par un Joël Campbell méconnaissable - auteur du but de l'égalisation -, le Costa Rica va l'emporter (3-1). Pourtant mené au score suite au penalty transformé par le parisien Edinson Cavani (24'), les Ticos vont rattraper leur retard par l'intermédiaire de Campbell peu avant l'heure de jeu. Ce but va mettre en lumière les insuffisances défensives du onze de départ uruguayen. Tabárez tiendra compte de cette déconvenue pour faire des changements et décerner à Rios le rôle de chien de garde.
Lugano-Godin, la passation forcée
La charnière centrale de la Celeste souffre d'un déficit de vitesse depuis plusieurs années. Diego Godin et Diego Lugano composent le duo défensif devant le gardien de la Lazio de Rome, Muslera. Pour compenser cette faiblesse, les deux joueurs titulaires au poste misent sur un jeu physique voire agressif. Cette tendance à l'intimidation est en fait la chasse gardée de Lugano.
Au cours des années 2000, l'international uruguayen a conquis, par sa fougue et son abnégation les cœurs des supporters de Fenerbahçe. Trois ans après son départ de Turquie, et après un passage raté par le club du Paris Saint-Germain au début de l’ère qatari, le numéro 2 de la Celeste se retrouve sans club. La vitesse étant absent de ses caractéristiques propres, Lugano se repose de plus en plus sur ses qualités intrinsèques : force physique et volontarisme à outrance. Force est de constater que cette qualité ne suffit pas à faire bonne figure sur la scène internationale. Tiraillé entre la nécessité de changement pour renforcer sa ligne défensive et l'importance de Lugano au sein de l'effectif mais également aux des supporters, Tabárez verra ses choix, sur le plan défensif, influencés par le forfait de Lugano pour le choc face à l'Angleterre. La passation de pouvoir lui force la main. Cette absence permet au sélectionneur de confier - enfin - les clés de la défense à Diego Godin et ses vingt-huit ans.
Tout fraîchement champion d'Espagne avec l'Atlético Madrid, Godin détient une palette de jeu plus développé que son aîné de cinq ans. Alliant force et technique, il s'est imposé comme l'un des tous meilleurs défenseurs de la Liga. Et de la scène européenne. Godin et ses partenaires Colchoneros atteindront même la finale de la Ligue des Champions. Doté d'un jeu de tête hors norme, Godin permettra aux siens de remporter le titre de champion d'Espagne au cours de la dernière journée sur la pelouse du FC Barcelone (1-1). Les supporters de l'Atlético attendaient ce titre depuis dix-huit ans. Une semaine plus tard, c'est encore de la tête que le défenseur des Colchoneros permettra à tout un peuple du sud de Madrid de croire aux chances de sacre européen de leur équipe de cœur. Mais le moteur de ses coéquipiers était en rade de carburant. L'Atlético Madrid s'inclinera finalement par trois buts d'écart (1-4) face à son ennemi du nord, le Real Madrid. Après une saison pleine, c'est donc naturellement que Godin se voit confier le brassard de capitaine de la Celeste pour donner de l'assurance à une défense balbutiante suite au désastre costaricain. Mais le jeu défensif ne peut se cantonner à la modification d'un duo défensif.
Rios, le physio de la boîte Celeste
En 2010, Arévalo Rios était accompagné de Diego Perez pour former la barrière de corail devant la charnière centrale uruguayenne. Quatre ans plus tard, l'ex-joueur de l'AS Monaco, fin charcutier de chevilles est toujours présent au sein de l'effectif de la Celeste mais son nom a disparu du onze titulaire. Pour effectuer le travail de récupération du ballon, Óscar Tabárez privilégie un profil tout aussi physique en la personne de Walter Gargano dans un système en 4-4-2 avec un milieu à plat. Cette première titularisation se présente comme une surprise pour la plupart des observateurs.
Contrairement à Rios, il a privilégié l'élite du football mondial pour la suite de sa carrière. Lié depuis sept ans au club de Naples, Gargano a perdu petit à petit sa place de titulaire. Depuis 2012, l'international uruguayen enchaîne les prêts payants. Après une saison pleine sous les couleurs de l'Inter Milan - 36 matchs disputés en 2012/2013 -, Gargano n'a pas réussi à s'imposer du côté de Parme où il ne sera titularisé qu'à vingt reprises... pour trente-cinq fautes commises. Dans ce milieu à deux récupérateurs, Gargano, tout comme Rios sont incapables de prendre le jeu en main. Suarez, véritable métronome de cette équipe permet de compenser ce manque d'inventivité. La seule présence de Cavani, peu aidée par un Diego Forlán vieillissant ne peut pas compenser tout seul ses deux absences. Conscient de ce défaut de créativité et de maîtrise au milieu de terrain, le sélectionneur va remettre de l'ordre dans la maison Celeste. La blessure de Diego Lugano va l'aider dans ce processus de changement.
Exit donc le capitaine de la Celeste et bonjour à Gimenez en défense. Au milieu du terrain, Alberto Gonzalez et Nicolas Lodeiro font leur apparition pour former un milieu en losange. Le premier se positionne à droite de Rios, Cristian Rodriguez faisant figure d'alter égo à gauche. Lodeiro fera office de relais entre cette ligne de trois et les deux attaquants de pointe. "Cabeza Dura" en physio de boîte de nuit en compagnie de ses deux chiens de garde, Nicolas Lodeiro en mode piston : les rôles sont donc bien répartis. Le premier avale les kilomètres sans compter.
Et quand les deux rideaux ne font pas le travail de filtrage, c'est le gardien de but qui joue les derniers remparts. Hector Muslera, titulaire indiscutable au poste de gardien depuis la Coupe du Monde 2010 écœurera Rooney et ses partenaires pendant plus de soixante minutes. A la 55ème minute, le portier uruguayen de la Lazio stoppera à bout portant une frappe de l'anglais de Manchester United. Shrek est décidément maudit. Après plusieurs tentatives infructueuses, le numéro 10 des Three Lions réussira à remettre les deux équipes à égalité (75'). Coupable sur le but, Martin Caceres laissera Rooney filer dans son dos. Ce dernier ne se fera pas prier pour reprendre le centre parfait de Glen Johnson. Car un homme avait en effet ouvert le score. Un joueur que l'on attendait plus. Un certain El Pistolero.
El Pistolero flingue les Rosbeef
Défaillant dans le rôle de briseur de rêve, Edinson Cavani bien seul face à la défense du Costa Rica. Et ce n'est pas la présence du fantôme de Diego Forlán qui allait le rassurer. Sevré de ballons tout au long de ce premier match disputé par la Celeste dans ce Mondial, l'attaquant du Paris Saint-Germain réussira tout de même à tirer son épingle du jeu. Cavani inscrira le seul but uruguayen de la rencontre (1-3). Cinq jours plus tard, El Matador retrouvera avec plaisir, et soulagement, El Pistolero à ses côtés. Ce dernier ne se fera pas prier pour dégainer à tout va.
Suite à un bon travail de la défense, Alberto Gonzalez relancera le ballon au sol. Ayant bien appris la leçon, il glissera le ballon vers Lodeiro, patientant gentiment dans le rond central. La contre-attaque peut commencer. Lodeiro accélère, fixe son vis-à-vis direct pour trouver dans la foulée Cavani sur le côté gauche. El Matador contrôle le ballon, fixe à son tour un défenseur anglais, feinte la frappe puis lève la tête. Les jeux sont déjà faits : El Matador a retrouvé son Pistolero. D'un jeu de corps remarquable, Suarez se projette vers le but dans le dos de Phil Jagielka. Le centre de Cavani est déjà parti. Le défenseur central des Three Lions n'y voit que du feu. L'attaquant de Liverpool soigne sa finition. Sa tête croisée se loge dans le petit filet opposé de Joe Hart, aux abonnés absents. Ou admiratif, c'est selon. Suárez est de retour. Il revient de loi, et vu son teint il doit faire les choses et personne ne peut le stopper. Personne, à part lui-même.
A la 50ème minute, Arévalo Rios se décide à mettre ses qualités de puissance au profit d'une phase offensive. Ne faisant rien comme personne, le physio va adresser une passe vers Luis Suarez par un ciseau-retourné... depuis le rond central. La balle traversera près de trente mètres dans les pieds d'El Pistolero. Surpris par cette offrande inespérée, Suarez déchirera sa frappe. Une balle blanche en somme. Mais Suárez a plus d'une cartouche dans sa poche. Et il va le prouver de la plus belle des façons à cinq minutes du terme de la rencontre. Suite à une relance du portier uruguayen, Cavani devance Steven Gerrard dans les airs. Sa déviation de la tête profite à son ami Suárez, délaissé par Gary Cahill. Il n'en demandait pas tant. Libre de tout marquage donc, El Pistolero contrôle le ballon, profite de ses appuis dévastateurs pour se placer de la meilleure façon possible pour atteindre sa cible. Le travail de stabilisation est parfait, chirurgicale. Le tir ne le sera pas moins. Pour El Pistolero, le cadeau devant les cages est un geste interdit. A cinq mètres des cages, les sentiments sont à laisser aux vestiaires. Luis Suárez déclenche son tir puis exécute la cible. La présence du portier So British devant son objectif ne lui fait pas peur. Le but est atteint : El Pistolero flingue les Rosbeef en plein cœur. Ils ne s'en remettront pas.
Ce n'est qu'à sa sortie du match, à trois minutes de la fin, que Suárez ouvrira son cœur. Il tombera d'abord dans les bras de Diego Pérez. Le tireur fou laissera ensuite son arme dans son étui pour s'adresser au peuple uruguayen. De la plus émouvante des façons. "Imagine-toi. On a tant souffert. Marquer ces buts ? J'en rêvais. Après toutes les critiques essuyées après le premier match, je rêvais de marquer pour donner la victoire aux miens. Je l'ai fait. J'ai profité de ce moment incroyable. Incroyable."
Rien à ajouter.
MIPS F.M.
