MIPS FM | 22h19 | Quelques heures après le sacre de Tim Duncan et de son Spurs en NBA. On ne s'en remet toujours pas, non.
Retrouvez chaque jour l'analyse d'une rencontre de la Coupe du Monde 2014 disputée au Brésil, tête d'affiche ou pas.
Cinquième affiche de #UnJourauBrésil : le nombril CR7 au milieu du fruit pourri made in Portugal
Groupe H
Allemagne 4-0 Portugal
12' (p), 45'+, 78' Thomas Müller / 32' Mats Hummels
«Cristiano Ronaldo aura à cœur de battre enfin l’Allemagne.» Philip Lahm, capitaine allemand avait vu clair dans les intentions de son homologue portugais : El Comandante faisait de ce premier match du Mondial une affaire personnelle. Arrivé diminué à quelques jours du début des hostilités, le Ballon d'or 2014 souhaitait effectuer une belle entrée dans la compétition en s'imposant - enin - face à la sélection allemande en compétition officielle. Pari manqué pour Cristiano Ronaldo. Disposer du meilleur joueur de la planète ne fait pas tout, encore faut-il détenir des joueurs capables d'évoluer au plus haut niveau à ses côtés.
Retour sur une défaite portugaise toute sauf illogique, scellée en quarante-cinq minutes montre en main.
Coentrão ou la gauche molle
Le logiciel de la gauche française est bloqué sur un principe : celui de la concertation. Lorsque tous les membres du parti se réunissent autour d'une table, c'est pour aboutir à un consensus, histoire de contenter les désirs de chacun. Et ne froisser personne. Bref, l'immobilisme pour tous. Au Portugal, c'est Fábio Coentrão qui est chargé de gérer la gauche de la sélection nationale de football. Malheureusement pour lui, le seul encarté de son parti n'est autre que... Cristiano Ronaldo. Pas facile de faire entendre raison au double détenteur du Ballon d'Or (2009 et 2014) lorsqu'il s'agit de participer aux tâches défensives, histoire de protéger sa patrie. Placé au rang de mythe national, le numéro 7 lusitanien préfère partir seul à l'assaut de l'urne allemande pour glisser de ses propres pattes une montagne de bulletins.
Cristiano Ronaldo frappera deux fois aux buts au cours des dix premières minutes. La première tentative s'effectuera des trente-cinq mètres (5’), la seconde à dix mètres des cages allemandes (7’). Mais le bourrage d'urnes n'aura jamais lieu en faveur de sa nation. Pis, son individualisme exacerbé conduira son équipe à la perte. Les allemands se feront un malin plaisir de profiter des largesses présentes du côté gauche portugais pour lancer leurs trois banderilles en une mi-temps chrono.
Après cinq premières minutes consacrées à un tour de chauffe, où le ballon fut la propriété des portugais, les coéquipiers de Philipp Lahm s'emparent du ballon rond pour ne plus jamais le rendre. Un push politique en règle. Le premier à lancer l'assaut sera Sami Khedira. Le milieu de terrain du Real Madrid bénéficiera d'une mauvaise relance de la part de Rui Patricio. Sa frappe frôlera le poteau droit du gardien lisboète. Quatre minutes plus tard, l'insertion dans l'urne sera actée. Et du côté gauche, évidemment.
La triplette Götze-Müller-Özil se charge de mettre en scène le premier but. Leur succession de passes leur permet de s'introduire dans la surface de réparation avec une facilité insolente. Mezut Özil profite de l'absence d'un défenseur gauche digne de ce nom pour filer dans le couloir droit. Le meneur de jeu des Gunners d'Arsenal donne le relais à Mario Götze. Ce dernier fait son apparition dans les dix-huit mètres adversaires balle au pied. S'en est trop pour Joao Pereira. Le pendant droit de Coentrao joue l'union nationale en venant porter main forte à son homologue de gauche. Manque de chance pour lui, son arrivée se transforme en pugilat. Il commettra l'irréparable : une faute dans la surface de réparation. Thomas Müller se chargera de marquer le penalty (11’). La Mannschaft mène les débats face à des portugais déboussolés.
Fort de cette première réussite, les Allemands vont continuer à pilonner la partie la plus faible du Portugal. La sélection triple championne du monde - 1964, 1974 et 1990 - va une fois de plus miser sur les Trois Fantastiques pour doubler la marque. On retrouve une fois de plus un certain Mezut Özil à la baguette. Le couloir droit est décidément son repère préféré. Et pour cause, Fábio Coentrão se retrouve seul à défendre face au trio magique. Compter sur un retour de Cristiano Ronaldo pour lui prêter main forte tient de l'utopie. Voire du miracle.
Fort de cette supériorité numérico-solidaire, Özil éliminera deux joueurs pour accéder à la surface de réparation puis servir Mario Götze, dans l'attente de l'offrande au niveau du point de penalty. Le ballon sera repoussé par le portier portugais. Sur le corner, Hummels coupera la trajectoire du ballon d'une tête puissante qui ne laissera aucune chance au gardien de but du Portugal. Trente-deux minutes de jeu, deux à zéros, balle au centre.
C.Ronaldo, au centre de rien
Face à une prestation qui tourne à la démonstration, un homme pétera littéralement les plombs. Coutumier du fait sous l'ère Mourinho du côté de la Casa Blanca, Pepe choisit de remettre le couvert dès le premier match de sa sélection au cours de son Mondial. Son chef d'œuvre interviendra à huit minutes de la pause.
A la lutte avec Müller pour récupérer le ballon, Pepe choisit de mettre la main sur le torse de l'allemand afin de le ralentir sa course. Non content d'avoir réussi son pari, Pepe conclut son intervention par un léger coup de boule à un Müller déjà à terre. Charmante attention. Le défenseur portugais laissera ses coéquipiers évoluer à dix face à onze allemands sûrs de leurs forces pendant plus de cinquante minutes. Pepe a trouvé le moyen de filer à l'anglaise. Une belle dédicace à son Mourinho de cœur.
Cet événement quasi-habituel pour Pepe condamnera ses coéquipiers à jouer petit bras. Les allemands n'en demandaient pas tant. Ils profiteront de cette supériorité numérique pour tripler la mise juste avant la mi-temps par l'intermédiaire de Thomas Müller (45'). Encore lui. Pur fruit du centre de formation du Bayern Munich, l'homme aux quarante-deux sélections en équipe nationale réalisera le triplé à une dizaine de minutes du terme de ce massacre. Grâce à cette belle prestation, Müller prend seul la tête du classement des buteurs de la compétition.
Cristiano Ronaldo peut rentrer aux vestiaires le cœur léger : il peut d'ores et déjà en garder sous la semelle pour la prochaine rencontre. Etre frais et dispo pour affronter les USA - vainqueur face au Ghana (2-1) - samedi prochain se présente comme une évidence. C.Ronaldo est au centre de rien et rien ne sert de perdre des forces avec un tel écart inscrit au tableau d'affichage. Même sans joueurs de qualité à ses côtés, Cristiano Ronaldo aura sans doute plus d'espaces et d’occasions de faire la différence face aux américains. Tout seul. CR7 mettra à profit la seconde période pour préparer la confrontation contre les States.
Gentiment invité à participer au décrassage de la Mannschaft, C.Ronaldo tirera depuis les quatre coins du terrain, tel un Wilkinson au sommet de son art. Elle est peut-être là la future recrue de Boudjellal au RC Toulon. Les tentatives à la désespérée démontrent la lassitude du capitaine portugais au sein d'un onze titulaire dépourvu de gros calibres.
Hormis la ligne défensive - qui a toujours été un désastre du côté portugais -, Cristiano Ronaldo ne dispose d'aucun soutien logistique pour conduire les hypothétiques situations de contre-attaque. Mettre en place des phases de constructions relèverait du fantasme. Les latéraux se montrent autant incapables de défendre que d'attaquer. Le milieu de terrain constitue le point noir de cette formation lusitanienne.
Sous le feu des critiques depuis son arrivée dans le championnat de France de Ligue 1, João Moutinho tenait une occasion unique de mettre tout le monde d'accord. Force est de constater que le très haut niveau requiert plus de qualités qu’un simple toucher de balle ou des facilités dans l’élaboration du jeu long. Le numéro 8 de l'AS Monaco est comme ainsi dire le Canada Dry parfait : le goût d'un grand joueur, le relent d'un banal tricoteur. Son acolyte du soir, Raul Meireles, jouit des mêmes caractéristiques, le déficit capillaire en plus. Sorti peu avant la mi-temps suite à l'exclusion de Pepe, Miguel Veloso complète cette triplette low-cost. Trois bouteilles pour le prix de deux. El Comandante s'en serait bien passé.
Cristiano Ronaldo a le Portugal dans le cœur mais la vague à l'âme : son Portugal ne peut pas lui apporter les atouts nécessaires pour gagner contre une grande nation à la Coupe du Monde, encore moins pour la remporter. Le Ballon d'Or 2014 se rend compte, ce lundi 16 juin 2014, que la colonne « titres internationaux » restera bel et bien vierge au terme de sa carrière. Luis Figo et Gareth Bale en savent quelque chose. On ne choisit pas sa famille ni sa nationalité. Et encore moins ses coéquipiers.
MIPS F.M.