MIPS FM | 8h27 | "Reina te cambio tu camiseta con mi bocadillo" ou la pancarte d'un jeune espagnol brandi au cours du match. La crise n'est pas finie...
A l'occasion de la Coupe du Monde de football, qui se déroulera du 12 juin au 13 juillet 2014, Mips FM met les petits plats dans les grands pour régaler les papilles des aficionados du visionnage de matchs sur le canapé. Et ceux qui n'ont pas l'habitude de l'être.
Premier épisode du #BrésilàlaTélé : Fernando Torres, l'ex-goleador de l'Espagne, les champions du monde en titre.
334 jours. Une mise à l'écart justifié pour certains. Un affront fait au sauveur de la finale de l'Euro 2008 pour d'autres. Le cas Torres intrigue autant qu'il divise.
Tel Napoléon revenu sur ses terres après un exil de plus de trois cents jours sur l'île d'Elbe, Fernando Torres est autorisé à quitter l'île britannique pour venir revêtir le maillot de la sélection espagnole. Le sélectionneur de la Roja, Vicente Del Bosque offre donc une 106ème sélection à l'enfant de Madrid pour devenir l'homme de Rio. Mais n'est pas Belmondo qui veut...
Retour sur un jubilé forcé où le sosie capillaire officiel de Valderama, un certain Carles Puyol, n'était pas sur la check-list.
El Niño jubile à Séville
Trois cent trente-quatre jours donc après une défaite cuisante en finale de la Coupe des Confédérations... contre le Brésil, Fernando Torres reprend du service sous la camiseta de la Roja. Une belle opportunité s'offre à El Niño et à l'Espagne pour marquer une fois de plus l'histoire du football moderne, après avoir remporté deux Championnat d'Europe des Nations et une Coupe du Monde. Il ne restait plus qu'un match au numéro 9 de la Roja pour valider son ticket pour Rio.
L'Espagne se présente sur la pelouse du stade Sánchez-Pizjuán de Séville pour affronter la Bolivie, un sparring partner idéal pour un premier de préparation. Les joueurs de Vicente Del Bosque ont quelques certitudes... et enregistrent un maximum d'absents. Huit joueurs de la sélection manquent à l'appel. Suite à leur participation à la finale de la Ligue des Champions il y a une semaine, ces derniers se sont vus accorder quelques jours de repos supplémentaires. Une aubaine pour Fernando Torres.
Accompagné de Pedro sur sa gauche et Juan Mata sur sa droite, l'attaquant de pointe du club anglais de Chelsea est également soutenu par Santi Cazorla en position de meneur de jeu. El Niño semble jouir d'une parfaite condition physique. Appels en profondeur dans le bon tempo, bonne orientation du jeu en qualité de remiseur, les spectateurs sévillans goûtent au plaisir de retrouver le Fernando Torres des années 2000. Malgré une bonne première mi-temps, les hommes de Vicente Del Bosque rentrent aux vestiaires sur un score nul et vierge. Et Torres sans occasion franche. Le meilleur buteur de l'Euro 2012 - avec trois buts au compteur, ex aequo avec cinq autres joueurs - patientera une vingtaine de minutes avant de se mettre en évidence. Et faire taire les critiques.
Suite à une poussette dans la surface de réparation d'un défenseur bolivien sur Javi Martinez - positionné en défense centrale ce jour-là -, l'arbitre désigne le point de penalty. Fernando Torres a laissé hésitations, peurs et autres turpitudes aux vestiaires. Certain que son heure de gloire est arrivé, l'attaquant se présente face au portier de la sélection bolivienne l'étendard élevé. Une vraie-fausse panenka plus tard, El Niño pousse un ouf de soulagement : son billet pour le Brésil est enregistré. Il ne reste plus qu'à gérer le trajet jusqu'à la porte d'embarquement pour s'assurer une place en première classe. Un jeu d'enfant pour El Niño. Un peu trop peut-être...
El Niño se suicide à Sánchez-Pizjuán
Quatre-vingt-dix secondes ou le résumé des six dernières saisons de Fernando Torres. Alternant coups d'éclat en finale de Coupe du Monde avec la Roja et gros ratés contre Stoke City ou Bolton avec Chelsea, l'homme aux 36 buts en sélection nationale est coutumier du fait. Et il compte bien le montrer à Vicente Del Bosque.
Fernando Torres utilise cette minute trente à profit pour tenter d'en mettre plein les yeux au sélectionneur, et le pousser à oblitérer son billet dans les plus brefs délais. C'était sans compter sur l'inconstance technique et psychologique de l'enfant de l'Atleti. Se présentant seul face au gardien de l'équipe de Bolivie, Fernando Torres tente un lob des quinze mètres. La destinée du cuir aurait pu faire pâlir un Mathieu Bastareaud, joueur international de rugby, un brin défaillant dans la réalisation d'un drop. Pas un Johnny Wilkinson à vingt-quatre heures de sa retraite. Evacuer la star du jubilé à une demi-heure de la fin de la rencontre n'est pas chose aisée. Sauf pour Del Bosque qui fera sortir Fernando Torres à l'heure de jeu au profit de Cesc Fabregas, LE titulaire du poste. Pour l'anecdote, l'Espagne s'impose sur le score final de deux buts à zéro. La faute à un second but de toute beauté inscrit par Andrés Iniesta à dix minutes du terme de ce premier match d'échauffement.
Le penalty aurait pu faire grimper de cinq points la côte de Fernando Torres aux yeux du sélectionneur espagnol. La tentative de transformation lui a fait perdre plus de deux points. El Niño est à présent hors course pour participer au Mondial.
Passer du chaud au froid, tel est le credo d'El Niño. L'homme privilégie le suicide individuel au naufrage collectif. Ce n'est pas Diego Costa qui s'en plaindra.
Les nuits de Séville se suivent et se ressemblent. C'est à croire que Fernando Torres est le fils caché de Patrick Battiston. Le défenseur de l'équipe de France fut percuté par la brute d’Harald Schumacher, portier de l'équipe de RFA, un soir de 1982 sur la pelouse de Séville. Battiston perdra trois dents dans le choc. Et la France un ticket pour la finale du Mondial. Que les fans del Niño se rassurent : Fernando Torres a conservé toutes ses dents à l'issue de la rencontre. Il en aura bien besoin pour grignoter quelques tapas devant les matchs de la Coupe du Monde, à la télé. Avec ou sans Carles.
La carrière internationale de l'enfant chéri d'Aragonés s'est sans doute terminée ce soir du 30 mai 2014, cent quatre-vingt-treize ans après celle de Napoléon Ier, ennemi juré de l'Angleterre. Une excellente terre d'exil pour l'enfant à présent maudit. Quoique…
"Messieurs, c'était le plus grand ennemi de l'Angleterre, c'était aussi le mien. Mais je lui pardonne tout. A la mort d'un si grand homme, on ne doit éprouver que tristesse et profond regret."
Huson Lowe, le geôlier de Napoléon. Ou celui de Torres peut-être.
MIPS F.M.
