MIPS FM | 10h15 | Deux jours après l'intervention d'un italien qui se vantait de ne pas avoir embarqué dans un avion qui s'est tristement perdu en vol
Le site Eurosport.fr propose depuis mercredi matin un décryptage des quatre buts encaissés par le Milan AC, le mardi 11 mars 2014 sur la pelouse de l'Atletico Madrid en 1/8ème de finale retour de la Ligue des Champions.
Le coupable de ce quadruple incident est tout trouvé selon le site 100 % sport du groupe TF1: il s'agit d'Adil Rami. A l’instar d’un Omar Raddad injustement soupçonné, Eurosport.fr aurait pu même titrer son article "Adil m'a tuer" pour illustrer leurs propos. Le constat ne souffre d'aucune contestation : Adil Rami est bel et bien un défenseur du Milan AC... dépourvu des techniques primaires requises pour évoluer à ce poste, ne serait-ce qu’à un niveau interdépartemental. Marquage à en faire péter l'élastique d'un slip Dim, coordination des gestes d'un débutant, relance à la Bernard Lama un soir de finale de coupe de France - le portier français avait réussi l'exploit de renverser la Coupe de France en ratant son dégagement, Adil Rami n'est que la victime d'un excès de zèle de la part des dirigeants milanais. Un pur inconnu en somme.
Connaissez-vous Paolo Maldini ? Oui. Et Alessandro Nesta ? Evidemment. Thiago Silva aussi ?! Assurément ! Ces trois monuments du football mondial ont tous évolué sous les couleurs du Milan AC. Jusqu'à preuve du contraire, ils représentent les derniers défenseurs de qualité aperçus du côté du stade Giuseppe-Meazza dit San Siro.
Le grand Milan AC, où ont évolué des grands noms du football mondial tels que Marco Van Basten, Rui Costa ou même Vikash Dhorasoo, vient de dire adieu à l'édition 2013-2014 de la Ligue des Champions. Le bourreau n'était autre que l'Atletico Madrid ce soir-là. L'équipe espagnole s'est fait un malin plaisir de renvoyer les lombards à leurs chères études. Dès les huitièmes de finale de la Ligue des Champions. Et sur le score de 4 buts à 1. Un comble pour le club "le plus titré au monde" comme le surnomme son dirigeant emblématique Adriano Galliani.
Autopsie sans pincettes de la démolition d'un monument historique par ses propres vassaux, dans l'indifférence la plus totale.
Les succès coulent à flot du côté du fleuve Manzanares
Pour trouver des preuves tangibles justifiant les sévices infligés aux lombards par l'Atletico Madrid le mardi 11 mars 2014, il faut remonter trois semaines en arrière.
Emmenés par leur capitaine Kaka, de retour au bercail depuis huit mois, les Rossoneri s'étaient fait piéger dans les dernières minutes du match aller. La faute sans doute à la présence dans les rangs colchoneros de joueurs talentueux et d'internationaux en pagaille. Diego Godin, Arda Turan et Diego Costa illustrent la douce symbiose entre expérience, talent et technicité.
Véritable poutre infranchissable, Diego Godin s'occupe des tâches défensives avec application et expérience. Le gamin de Rosario compte 75 capes sous les couleurs de la sélection uruguayenne. Depuis deux ans, Arda Turan, l'homme aux 72 sélections avec l'équipe nationale turc, orchestre à merveille le jeu des rouges et blancs. Diego Costa, invité surprise de la sélection espagnole en vue du Mondial 2014, impose le respect à la pointe de l'attaque des Colchoneros avec vingt-huit buts affichés au compteur toutes compétitions confondues depuis le début de la saison. Le brésilien de souche s’occupera d’ouvrir et de clôturer la marque contre le Milan AC. Sur les bords du fleuve Manzanares, les succès coulent à flot grâce à un collectif bien rodé mené de main de maître par Diego Simeone, un ancien de la maison rojiblanco.
Après trois titres glanés en deux ans, dont une victoire surprise en finale de Super Coupe d'Europe un soir d'août 2012 face à Chelsea, l'Atletico Madrid se retrouve aujourd'hui au coude-à-coude avec son ennemi juré le Real Madrid dans la conquête du titre de champion d'Espagne. Trois unités seulement séparent les Colchoneros du Real Madrid, solide leader.
La qualification du club espagnol en 1/4 de finale de la Ligue des Champions confirme la prise de maturité d'un groupe à la moyenne d'âge juvénile, aux alentours de 27 ans. L'Atletico fait voler en éclat le mythe de corrélation entre l'inaptitude d'évoluer au plus haut niveau et une inexpérience manifeste liée au jeune âge de joueurs. Et plonge un peu plus le Milan AC dans l'anonymat. Demandez à George Weah son avis sur la question. Il en ragera.
Des folies financières traînées comme un gros boulet
"Ce Milan est un scandale ! Il faut arrêter ! Si j'étais dirigeant, je virerais toute l'équipe et je repartirais de zéro !" Le cri du coeur est signé George Weah, vainqueur à deux reprises du titre de champion de Serie A avec le Milan AC dans les années 1990. Et un Ballon d'Or remporté en 1995. Rien que ça ! Au lendemain de la sortie par la petite porte du Milan AC de la scène européenne, l'ancienne gloire des Rossoneri met de facto un coup de projecteur sur la politique de recrutement des lombards.
Weah craignait que les journaux s'en prennent à Clarence Seedorf, qui n'est à ses yeux aucunement "responsable" de ce nouvel échec. Mais le mal est plus profond.
Quoi qu'en dise Oppong - surnom donné au buteur libérien -, le Milan AC traîne comme un boulet les folies financières de la période faste des années 2000. Le propriétaire du club, un certain Silvio Berlusconi, magnat des médias italiens, siphonnait les pépites de joueurs détenus par d'autres écuries européennes. Andriy Schevtchenko, récupéré auprès du Dynamo Kiev contre 18 millions d'euros en 1999, illustre la démesure du "club européen le plus titré au monde", avec sept titres de Ligue des Champions remportés depuis sa création. Quatre ans après ce coup d'éclat médiatico-sportif, le Milan AC retrouvera la Juventus Turin en finale de la Ligue des Champions 2003. Clarence Seedorf, Andriy Schevtchenko ou même Paolo Maldini faisaient partie de la fête. Trois clubs italiens étaient même parvenus à atteindre les demi-finales de la compétition continentale. Une époque révolue.
La Vieille Dame rit, le Vieux Monsieur se meurt
Dix ans plus tard, le constat est sans équivoque : le dernier représentant du pays transalpin a été sorti sèchement dès les huitièmes de finale. Un Milan AC avec plus de trente points de retard sur le leader du Calcio qui n'est autre que la Vieille Dame, plus dynamique que jamais.
Après une décennie marquée par les affaires judiciaires - les matchs truqués de 2005 qui déboucheront sur une rétrogradation en Serie B pour la Vieille Dame - et les transferts approximatifs - l'ex-nouvel ex phénomène Diego ou le tout-droit Krasic - pour des sommes pharaoniques, la Juventus de Turin a amorcé depuis 2009 un virage à 360° basé sur la symbiose entre de jeunes pousses et des joueurs expérimentés de Serie A. La politique de jeu prôné par Antonio Conte, l'entraîneur de l'équipe transalpine, est illustrée à merveille par l'association entre Paul Pogba, 21 ans et tous ses grigris, et Andrea Pirlo, 37 ans et sa précision chirurgicale éternelle. De vieux briscards comme Gianluigi Buffon encadrent un groupe rempli d'ambitions.
La connaissance de la culture de jeu à l'italienne est indispensable pour éviter des déconvenues contre Bari ou le Torino, l'ennemi éternel.
Antonio Conte possède toutes les cartes en main pour appliquer cette méthode infaillible au niveau national. Deux titres consécutifs de champion d’Italie légitimeront cette politique réaliste. La honteuse élimination dès la phase de poule de Ligue des Champions en décembre 2013 a montré aux dirigeants de la Vieille Dame le chemin à parcourir pour tenir de nouveau les premiers rôles à l'échelle européenne. Un travail de bâtisseur de longue haleine attend donc Antonio Conte. Pendant ce temps, les milanais se perdent dans leur champ de ruine. Ils s'y plaisent même. Au grand désespoir de George Weah.
Le Milan AC se meurt
Tracté par des moteurs de haut calibre jusqu'aux sommets du football européen, le Milan AC s'est vu contraint et forcé de recourir au recrutement de joueurs de seconde main. Voire de troisième. L'année 2011 signera le début du déclin du "Vieux Monsieur" avec le départ de Thiago Silva et Zlatan Ibrahimovic. Les derniers des Mohicans à la sauce Galliani, le directeur sportif du club lombard, feront les beaux jours du Paris Saint-Germain.
Les guerres fratricides en interne entre la fille Berluscnoni et le père Galliani ont fini par nuire à la politique sportive du club milanais. Cette mésentente conduira à une floppée de transferts ratés. Walter Birsa, Bakaye Traoré, Taye Taïwo... la liste des joueurs indésirables autrefois dans la maison lombarde est terriblement longue. Adil Rami est aussi victime de cette politique de transferts effectuée à l'aveugle.
Recruté à l’automne 2013 suite à un conflit avec le Valence CF, son ancien club, Adil Rami a dû patienter dans l’antichambre milanais, faute de pouvoir d’être qualifié pour disputer le championnat avant le mois de janvier 2014. L’international français retrouvera son compère de sélection Philippe Méxès, condamné aux dernières places sur les feuilles de match. Et au brassard de capitaine pour ses rares titularisations. L’ancien du club Boban en deviendra vert de rage. Le coup de grâce arrivera en parallèle de l’intégration de Rami à l’équipe première.
Recruté en janvier 2014 pour la modique somme de 20 millions d'euros, Keisuke Honda, l'éternel espoir de Football Manager 2003 conforte la gênante sensation de vide ressentie au sein du Milan AC. Pour couronner le tout, cette folie financière se résume à une utilisation du joueur seulement en championnat italien. Et pour cause, Honda est non-éligible pour la deuxième phase des compétitions européennes. L'attaquant japonais a participé à la phase de poule de la Ligue des Champions avec son dernier club russe, le CSKA Moscou.
Clarence Seedorf a donc aligné une équipe avec les moyens du bord. Michaël Essien et Nigel De Jong ont officié avec sérieux et une dose légendaire d'agressivité au milieu de terrain. Leur kilométrage, à faire pâlir une Ford Escort les conduiront tout droit à la casse à l'heure de jeu. Et leurs coéquipiers avec.
Placarder sur les pages du Web, qui fête ses 25 ans printemps cette semaine, la tête d'un jeune homme dépourvu de toute formation théorique et méthodique est un acte usurpé et sans fondement. Décrypter ce match de quatre-vingt-dix minutes également. Le mal est plus profond: le Milan AC se meurt.
"(Les) joueurs ont la tête dans les pieds et les pieds dans la tête ! Si vous ne savez pas jouer, que faites-vous là ?" s'interroge avec passion Georges Weah.
Adil Rami n'y est décidément pour rien.
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