MIPS FM | 00h15 | Le soir où un italien se vantera de ne pas avoir embarqué dans un avion qui s'est tristement perdu en vol
Girondins de Bordeaux 1-2 Olympique Lyonnais
8' H.Saivet / 90' H.Bedimo / 90'+4' C.Tolisso
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Un vieil adage qui s'est souvent révélé infructueux. Rémi Garde s'est laissé convaincre par cette tentation et a expérimenté un dispositif original ce dimanche 9 mars. Avec un succès tout relatif.
Se rappelant au doux souvenir de la raclée subie il y a tout juste quatre mois sur la pelouse du Paris Saint-Germain, l'entraîneur de l'Olympique Lyonnais, sûr de son fait, transmettra aux autorités compétentes une feuille de match avec onze joueurs titulaires susceptibles d'évoluer dans un dispositif en 3-5-2.
Empêtré au bout d'une demi-heure dans une galère d'un abyssal ennui, le coach rhonalpin se sauvera du pétrin par un éclair de lucidité juste avant la mi-temps. Rémi Garde trouvera une porte de sortie honorable dans les ultimes secondes de la partie grâce à l'inénarrable Henri Bedimo et au jeune Corentin Tolisso.
Retour sur une sortie de route bien amortie par les rails de sécurité. Les bordelais s'en morfondent encore au fond du vestiaire.
Une mi-temps pour expérimenter
Tous les voyants étaient au vert pour les hommes de Rémi Garde. Qualifié pour les 1/8e de finale de l'Europa League et toujours en lice en championnat pour une place qualificative pour le deuxième tour préliminaire de la Ligue des Champions, le club septuple champion de France se présente sur la pelouse de Chaban-Delmas avec le plein de certitudes. Et d'ambitions.
Du côté des joueurs bordelais, la sobriété est de mise après la sortie enragée de leur président le week-end dernier. Jean-Louis Triaud n'avait pas hésité à qualifier la prestation de ses joueurs face à Sochaux comme la "pire" qui lui avait été donnée de voir depuis son arrivée au club. Tout juste dix-huit ans. Comme quoi, même Kodjo Afanou, David Jemmali ou Christophe Sanchez lui avaient procuré davantage de frissons balle au pied.
Après cinq premières minutes insipides et un début de festival d'imprécisions techniques qui ne prendra fin qu'au terme de la rencontre, les bordelais se mettront rapidement en ordre de match pour satisfaire leur président. Sur une simple remise en jeu.
La touche longue de Lucas Orban, le latéral gauche des grenats, atterrira sans difficulté dans la surface de réparation lyonnaise. Aucun joueur ne se sacrifiera pour endosser le costume de destinataire ou de sauveur de luxe. Seul Henri Saivet, oublié au second poteau, profitera des largesses défensives lyonnaises pour catapulter une tête limpide dans le petit filet gauche d'Anthony Lopes. L'international français, bien servi par Mariano portera son total de buts à six unités cette saison. A une unité de son record personnel, soit sept buts lors de la saison 2012-2013.
Huit minutes et un premier drapeau rouge est donc agité sous le nez de Rémi Garde. Cette action met en lumière l'inaptitude des joueurs lyonnais à évoluer dans une formation avec trois défenseurs et deux latéraux. Miguel Lopes, et surtout Henri Bedimo se contenteront au cours de la première demi-heure de regarder vers l'avant, sans jeter de coups d'oeil dans le rétroviseur. Bedimo effectuera sa première montée... à la 33ème minute. Une mauvaise surprise pour le latéral le plus porté vers l'avant de Ligue 1.
Titillé par une lucidité tout wengereste - Rémi Garde a joué sous les ordres d'Arsène Wenger sous le maillot d'Arsenal dans les années 1990 -, l'entraîneur lyonnais effectuera une première modification de dispositif à la demi-heure de jeu. Un tranchage dans le vif avec la sortie d'un homme, Bakary Koné.
Une pause pour s'expliquer
Ce premier sacrifice n'est pas anodin. Rémi Garde souhaite passer à un dispositif davantage connu par ses hommes avec quatre défenseurs, couverts par trois milieux défensifs. En l'absence des deux GG, Yohan Gourcuff et Clément Grenier, le coach lyonnais confiera les clefs du jeu au jeune Anthony Lacazette. L'international français mettra une trentaine de secondes avant de se mettre en évidence à ce poste inhabituel. Lacazette, après avoir éliminé deux joueurs sur un pas, décochera plein axe une frappe des 25 mètres. Cécric Carrasso, vigilent, déclinera la proposition de but d'une main forte et ferme.
À cinq minutes de la pause, la balle de 2 à 0, offerte sur un plateau d'argent à Guillaume Hoarau, suivie d'une perte de balle du capitaine Gonalons - le milieu de terrain recherchait un coéquipier en arrière alors qu'il venait de subtiliser le ballon dans les pieds d'un adversaire à trente mètres de ses cages - gonflera le volume du sac de reproches ramené par Rémi Garde dans le mythique tunnel girondin.
Rentrés aux vestiaires avec un petit but de retard, les joueurs lyonnais pouvaient s'estimer heureux de leur sort. Henri Bedimo confiera à la fin du match le désarroi de toute l'équipe au cours de ces quinze minutes de répit. Une pause pour s'expliquer. "On s'est dit les choses à la mi-temps" affirmera en toute sobriété l'international camerounais.
Les propos musclés de chacun permettront au collectif de revenir requinqué et plein d'ambitions sur la pelouse pour entamer la seconde période.
Un temps additionnel pour s'envoler
Plus incisifs et davantage disciplinés, les coéquipiers de Jordan Ferri se mettront en ordre de marche pour recoller à la marque. Le jeune milieu de terrain lyonnais avouera que la tactique mise en place par son entraîneur "n'était sans doute pas la bonne". Son activité physique et ses récupérations de balle feront un bien fou à l'entre-jeu lyonnais.
Un peu plus en difficulté dans ce secteur de jeu, son coéquipier Corentin Tolisso connaîtra l'immense joie de donner la victoire à son équipe dans les ultimes secondes de la rencontre, bien servi par son capitaine. A quinze secondes du terme des quatre minutes de temps additionnel pour être précis. "Un moment très, très fort" avouera-t-il à l'issue de la rencontre.
Cinq minutes avant ce dénouement hitchcockiesque, la défense bordelaise connut un premier trou d'air dont la paire Bedimo-Briand profitera à merveille. Après un une-deux à contre-temps - et un petit pont contré - Bedimo se présente seul face à Cédric Carrasso et écrase sa frappe. La piètre tentative finira, difficilement certes, sa route au fond des filets.
Le premier but de la saison pour l'international camerounais qui tiendra à s'excuser à la fin du match "auprès des supporteurs et des spectateurs pour le spectacle produit".
Le temps additionnel permettra donc aux joueurs lyonnais de s'envoler vers le top 5 du championnat de France et de rester à distance raisonnable - sept points d'écart - de Lille, troisième.
Tout est bien qui finit bien pour Rémi Garde. Bedimo a en tout cas exprimé tout haut sa préférence en termes de dispositif. Le 4-4-2 est une valeur sûre pour le latéral gauche. "Cette tactique (le 3-5-2, ndlr), il faut la maîtriser. En première mi-temps, les joueurs adversaires nous passaient trop facilement dans le dos. A la mi-temps, on est passé en 4-4-2, une tactique qu'on maîtrise mieux."
Pas sûr que le coach lyonnais réitérera une telle expérimentation d'ici mai prochain.
MIPS F.M
