MIPS FM | 23h20 | Le lendemain d'une manif' contre presque tout
Manchester City Football Club 0-1 Chelsea Football Club
32' Ivanovic
Après un premier quart d'heure maîtrisé, les joueurs de Manchester City ont semblé souffrir de ballonnements tout au long de la soirée. Chelsea a profité de ces maux de ventres persistants pour servir à la Premier League un plat piquant et croquant concocté par son entraîneur José Mourihno. Retour sur une rencontre singulière où une brasserie "populaire" londonienne est venue renverser les tables du restaurant gastronomique tendance du nord de l'Angleterre.
La carotte du premier quart d'heure
Le repas avait pourtant bien commencé pour les Citizens. Après un Blue Moon entonné en coeur par tout un stade, les hommes de Manuel Pellegrini s'unissent d'un comme un accord pour réserver à leurs hôtes du soir la plus corsée des visites. L'ingénieur de profession incite ses joueurs à presser haut d'entrée de match. Message reçu cinq sur cinq par le capitaine de l'équipe dans les dix premières minutes. Vincent Kompany montre l'exemple avec une semelle appuyée sur le mollet de Samuel Eto'o. L'expérimenté attaquant camerounais évitera avec malice ce comité d'accueil pour le moins chaleureux. Suite à un télescopage dans la surface, et visiblement contrarié par le coup de sifflet de Mike Dean sanctionnant son geste effectué quelques secondes plus tôt, Vincent Kompany s'en prend violemment à Matija Nastasic en manque de repère. Ce coup de stress plombera le mental de l'international serbe. La victime expiatoire ne s'en remettra jamais.
Deux minutes plus tard, Manchester City en remet une couche, cette fois côté attaque. Suite à un pressing collectif concrétisé par une récupération de balle de Martin Demichelis, - positionné au milieu de terrain suite au forfait de Fernandinho - et après un échange de grande classe entre Zabaleta, Negredo et Touré, Silva décale Kolarov. L'autre international serbe présent sur la pelouse centre en force pour Kolo Touré, trop court pour l'occasion. Pendant quinze minutes, Manchester City prive de sucreries les Blues. Mourinho, sûr de son fait ne bronche pas. Une fois l'orage passé, l'ancien entraîneur des Merengues décide de lancer son équipe aux fourneaux.
Mourinho, le chef étoilé et sa recette surprise
La composition de la recette est onéreuse: un Matic acheté au Portugal - pour 25 millions d'euros au club du Benfica SL - tout comme son associé du soir David Luiz, deux vieux briscards avec de la bouteille nommés Terry et Cahill et un bol de fruits exotiques avec un Willian, un Ramires, un Hazard et un Eto'o. Une fois les ingrédients réunis, Mourinho passe à la préparation de la recette avec application et sérieux: pressing de citron, découpage en lamelles et une pincée de Tabasco.
Pour mener à bien la première étape, le coach des Blues lance Matic dans le grand bain. Ancien pensionnaire de Standford Bridge entre 2009 et 2010, le dernier international serbe présent sur la pelouse est associé à David Luiz pour appliquer les recommandations du Mou. Récupération propre du ballon, vision du jeu, passes millimétrées, Matic montrera une belle volonté et des aptitudes de qualité pour une première. Naguère coéquipiers sous les couleurs de l'équipe de coeur d'un certain Eusebio, les deux complices d'un soir feront douter pendant plus de 70 minutes le milieu de terrain mancunien. Une première cette saison à domicile pour les coéquipiers de Yaya Touré qui se souviendra longtemps de cette douloureuse soirée. Malgré la bonne prestation du soir de Martin Demichelis, remplaçant de dernière minute d'un Fernandinho blessé à l'échauffement, Yaya Touré parut totalement déboussolé par l'absence de son habituel partenaire de jeu. Edin Dzeko, loin du niveau d'un Agüero - actuellement sur le flanc - ne profitera pas des rares moments d'oublis d'une paire inédite promise à un bel avenir.
Travaillée depuis plusieurs semaines par le chef étoilé dans ses labos londoniens, la deuxième étape de la recette s'attache à défendre les bases arrières. Afin de mener à bien cette tâche, José Mourinho titularise la paire Cahill-Terry. Encensé dans la semaine par son entraîneur - à ses yeux, le meilleur défenseur de Premier League -, le capitaine des Blues se mettra en quatre avec des tacles appuyés et des coups de boule dans le cuir pour satisfaire son patron. Son compère Gary Cahill se calquera sur cette prestation de haut vol, les interceptions bien senties et les relances précises en plus. Aidés par les condiments du soir - César Azpilicueta et Branislav Ivanovic - la défense de Chelsea constituera le noyau dur sur lequel les attaquants de Manchester City se casseront les dents à chaque tentative de grignotage. Histoire de relever le goût, Mourinho rajoutera au plat quelques épices exotiques.
Hazard égaye les papilles des fins gourmets
La troisième étape de la préparation laisse la part belle à l'improvisation stylistique. Le quatuor Willian-Ramires-Hazard-Eto'o profite de cette carte blanche pour se régaler. Et faire saliver leurs supporters. Le premier se contente de servir les bons plats, parfois avec un peu de retard. Bien servi à la 27ème minute par Matic, l'international brésilien mettra un temps impardonnable pour effectuer LA passe à un Ramires libre de tout marquage. Professionnel et loyal, son compère de sélection ne lui en tiendra pas rigueur et livrera une prestation de grande classe. Les deux derniers membres du clan des solistes se distingueront par leurs gestes venues d'ailleurs. Les protections de balles permettant une gestion parfaite des temps forts et des temps faibles pour le patriarche Eto'o. Des accélérations de feu, des coups de rein ronaldesques - en référence au seul, l'unique attaquant brésilien - et cinq talonnades humiliantes pour le juvénile Hazard. L'international belge mystifiera tout au long de la rencontre ses différents adversaires se présentant face à lui. Seul ou à plusieurs, les coéquipiers du captain' Kompany - à la dérive ce soir-là - ne réussiront pas à mettre en sommeil un artiste en pleine période d'affirmation de soi. Paradoxalement, ce sera un défenseur qui concrétisera les efforts conjugués de ses coéquipiers.
A un quart d'heure de la mi-temps, "Samu" se rappelle au bon souvenir des années intéristes sous l'ère Mourinho. En position d'arrière gauche, l'international camerounais lance Eden Hazard dans le couloir. L'ancienne star du Stadium nord de Villeneuve d'Ascq protège le ballon puis trouve Ramires à vingt mètres des cages mancuniennes. Le brésilien transmet le ballon à Ivanovic. L'arrière droit intervient une première fois en tant que relais pour décaler un Hazard supersonique qui centre en retrait vers un coéquipier. Contré par Kompany, le ballon retombe dans les pieds d'Ivanovic. Seul à vingt mètres de la cible, le serbe au postérieur beyoncesque endosse cette fois le costume du premier rôle pour trouver le petit filet opposé de Joe Hart. Une goutte de Tabasco que ses adversaires digéreront avec une difficulté inédite cette saison. Pis! Eto'o, puis Matic - d'une frappe limpide des trentes mètres - et Cahill sur corner trouveront tour à tour le montant des cages gardées par l'international anglais. Malgré ce manque d'efficacité, Chelsea conservera son avantage jusqu'au coup de sifflet final de Mike Dean.
Les hommes de José Mourinho ont privé les spectateurs de l'Etihad Stadium d'un but de leur équipe préférée en guise de dessert mancunien ce soir, une première depuis soixante-trois rencontres. Avec cette victoire, Chelsea revient à deux points de son adversaire du soir et d'Arsenal. La quête du titre est relancée pour les Blues. Vous reprendrez très vite un peu de Mourinho.
MIPS F.M
