MIPS FM | 23h00 | Le soir où les patrons se griment sur M6
Olympique Lyonnais 1-2 Espérance Sportive Troyes Aube Champagne dit ESTAC
16' Lacazette / 27' Gomis / 35' Thiago
Rémi Vercoutre peut bondir du banc et lever les bras au ciel : l'Olympique Lyonnais rejoint le Paris Saint-Germain en finale de la Coupe de la Ligue. Et il aura une place de choix pour assister au spectacle. Prônant une philosophie de jeu à haute teneur technique et offensive, Jean-Marc Furlan, entraîneur de l'ESTAC avait la ferme intention de jouer les troubles-fêtes sur la pelouse du stade de Gerland. L'esprit gagneur leur faisant cruellement défaut, l'équipe troyenne n'a pas su concrétiser les trous d'air traversés par leurs adversaires pour revenir dans la partie. Dominateur dans la possession de balle de la première à la dernière seconde, l'Olympique Lyonnais s'est distingué dans un autre registre : la gestion aléatoire des temps forts et des temps faibles. Avant d'affronter l'ogre parisien le 17 avril prochain au Stade de France, Rémi Garde doit trouver une formule revisitée de sa tactique de jeu - avec ou sans la présence de ses meilleurs joueurs de l'effectif - pour éviter à son équipe de se taper l'affiche à Saint-Denis. Retour sur la soirée, du before jusqu'au passage fatidique devant le physio de la boîte.
L'Olympique Lyonnais se trompe de fil
Les cinq premières minutes de la rencontre résument à elles seules la soirée stressante endurée par Rémi Garde dans sa zone technique. L'entraîneur lyonnais avait exigé un pressing haut dès le début de la rencontre. Son message fut entendu par son capitaine Maxime Gonalons et relayé au reste de l'équipe. Seulement voilà, l'accusé de réception mettra un certain temps à revenir au destinateur. Dès la cinquième minute, Stéphane Darbion, bien décalé par un coéquipier se retrouve en position de frappe mais manque le cadre. L'attaquant troyen ne réglera jamais la mire et sera sorti peu après l'heure de jeu par son entraîneur Jean-Marc Furlan. Cette première occasion manquée par les troyens aura le mérite de réveiller les retardataires présents dans le onze lyonnais du soir.
Deux minutes après ce coup de chaud, Bakary Koné, avec une autorité retrouvée, sera le premier à marquer son territoire face aux doux attaquants troyens. Dans la continuité de l'action, Bedimo tente une frappe improbable des trente mètres et obtient un corner. L'occasion sera vendangée par une qualité de frappe insuffisante de la part d'Arnold Mvuemba - quatre corners foirés au total - et une passe "fantôme" signé Maxime Gonalons. Le retard à l'allumage - indécent face à la onzième équipe de Ligue 2 - oublié, les coéquipiers d'Arnold Mvuemba se remettent en ordre de bataille. La première occasion pour les lyonnais de marquer se révélera être la bonne.
... mais retrouve deux potes dans la queue VIP
Titularisé deux fois en l'espace de quatre jours par l'entraîneur lyonnais, Medhi Zeffane va rapidement se mettre en valeur. Prenant le dessus sur Lionel Carole, le jeune latéral droit s'introduit facilement dans la surface de réparation troyenne et trouve Anthony Lacazette en retrait. Seul au point de penalty, l'international espoir français ne tremble pas et prend le gardien troyen à contre-pied pour ouvrir la marque. Le duel entre Zeffane et Carole, respectivement latéral droit de l'OL et latéral gauche de Troyes est symptomatique du double visage de l'Olympique Lyonnais ce soir-là. A son aise, Medhi Zeffane plantera sa tente pendant une cinquantaine de minutes dans le camp troyen. Enchaînant les redoublements de passes avec Mvuemba ou son compagnon de couloir Jimmy Briand, le numéro 2 lyonnais passera la dernière demi-heure retranché dans ses vingt mètres. La faute à une montée en régime de l'ESTAC et une facilité toute naturelle côté lyonnais. Zeffane ou la marque de la mentalité lyonnaise au double visage.
Soucieux de conclure l'affaire dans les plus brefs délais, l'octuple champion de France de Ligue 1 mettra une dizaine de minutes à doubler la mise. Suite à une passe laser - éliminant quatre joueurs d'un trait - tentée et réussie par Gueïda Fofana depuis la ligne médiane, Lacazette s'empare du ballon aux trente mètres et déclenche un beau mouvement en triangle. A la base de la construction de cette figure à géométrie variable, le numéro 10 lyonnais lance Jimmy Briand à la limite du hors-jeu. Malgré une présence accrue de la défense troyenne dans ses dix-huit mètres - quatre défenseurs contre deux attaquants - l'ancien rennais sauve le ballon in-extremis d'une éventuelle sortie de but et dégaine un centre à l'aveugle. Bafétimbi Gomis sent bien le coup en anticipant le geste de Canal J et parachever le triangle du Rhône. Sur l'occasion, l'international français profite d'une incompréhension entre les deux Matthieu troyens - Dreyer et Saunier - pour porter la marque à 2-0. Le même Gomis manquera l'occasion de tripler la marque peu après la demi-heure de jeu. La panthère croise trop sa frappe suite à une belle récupération de la part de Arnold Mvuemba et une orientation du jeu parfaite d'Alexandre Lacazette. Rassurés par cette avance au tableau d'affichage, les hommes de Rémi Garde décident, malgré les recommandations de prudence martelés par l'ange, de suivre les préceptes de oisiveté prônés par le diable. Jimmy Briand et ses camarades commandèrent une bouteille, histoire de se reposer en toute quiètude sur ce confortable matelas. Les troyens vont se faire un malin plaisir de les ramener sur terre.
Troyes choisit la chemise parfaite
Tranquillement installés à une table près du carré VIP, les lyonnais se la jouent facile. Défaits sur la pelouse du Stade Rennais quatre jours plus tôt, l'Olympique Lyonnais - bien que réduit à dix suite à une prise de kung-fu de Samuel Umtiti - n'a pas retenu grand-chose des erreurs commises ce jour-là. Les hommes de Rémi Garde abaissent sans le vouloir leur niveau de vigilance entre la 30ème et la 40ème minute. Un espace-temps suffisant pour des troyens portés vers l'attaque. Après un retour inattendu de Gomis aux abords de sa propre surface de réparation, Zeffane annule cette effort de repli pour tenter une passe transversale à raz-de-terre plus que malhabile. Benjamin Nivet saisit l'offrande et tente un lob vicieux. Anthony Lopes fait le petit pas de recul nécessaire pour se détendre et renvoyer le ballon en corner qui en appellera un deuxième. Le sauvetage de Bedimo sur sa ligne ne fera que retarder l'échéance. Le troisième corner - en trois minutes exclusivement à l'avantage de l'ESTAC - sera le bon. Benjamin Nivet s'applique pour atteindre un partenaire dans la surface de réparation lyonnaise. Positionné au premier poteau, Jimmy Briand saute un poil trop tard. Le ballon atterrit dans la surface de but. Libre de tout marquage - physique et visuel, Thiago prend tout son temps pour contrôler le ballon de la poitrine et mitrailler un Anthony Lopes arque-bouté sur sa ligne. Bafétimbi Gomis et l'unique Bakary Koné se chargeaient de jouer les physio pour faciliter l'entrée du brésilien dans la discothèque. Contre toutes attentes, l'ESTAC parvient à se payer une bouteille juste avant la mi-temps... et s'en contentera jusqu'à la fin de la soirée.
...et se fait refouler du Carré VIP
Après les prédictions confiées à Anthony Lacazette par un Daniel Lauclair au sommet de sa forme à la mi-temps - "Ce but troyen juste avant la mi-temps, ça présage un suspense en seconde période Alexandre, non?", les gones se contenteront de gérer. Et de patienter sagement avant la remise du bracelet magique. Au cours des quarante-cinq dernières minutes, l'équipe de Rémi Garde ne frappera que deux fois aux buts. Privé d'un Gonalons - sorti par prudence à la mi-temps suite à une fatigue musculaire - essentiel dans la récupération et la conservation du ballon, l'OL a dû privilégier la carte de la sécurité avec un Jordan Ferri moins talentueux que son aîné.
Côté troyen, ce ne sera guère mieux. La bonne prestation du défenseur central Mahamadou N'Diaye constituera le seul motif de satisfaction de Jean-Marc Furlan. Coupant toutes les trajectoires dans les airs et sur terre, sa dernière intervention sur Gomis à un quart d'heure du terme lui sera fatal. La blessure du défenseur d'origine malienne - seul troyen au niveau de son adversaire du soir - à la 75ème minute coïncidera avec le dépôt des armes des hommes de l'Aube.
Jean-Marc Furlan est resté fidèle à ses principes de jeu au cours de ce match: une qualité technique avec des joueurs de ballon à la trentaine largement dépassée au physique perdu - Benjamin Nivet atteint les 37 printemps - et se regardant dribbler à défaut d'avoir joué en début de saison - Farid Ben Khalfallah n'avait disputé que 75 minutes de jeu depuis septembre avec les Girondins de Bordeaux - , un usage intensif de renversements de jeu à soixante mètres des cages adversaires. Malgré ses principes de jeu à forte intensité technique et offensive, les hommes de Jean-Marc Furlan se distingueront par une vilaine allergie de la surface de réparation et des tirs vers les buts lyonnais. L'entraîneur troyen anticipera l'action des vigiles en sortant à un quart d'heure du terme un Stéphane Darbion trop souvent hors-jeu. Le passage de son remplaçant, Corentin Jean sur la pelouse - pourtant habitué des sorties nocturnes bien arrosées - se révélera totalement inutile. Farid Ben Khalfallah trouvera un concurrent sérieux en la personne de George Gope-Fenepej qui tentera une percée à l'aveugle à dix minutes de la fin. Inutile aussi.
Au terme d'un match ennuyeux sur le plan technique et tactique, l'Olympique Lyonnais remporte le droit de défier l'ogre parisien dans un peu plus de deux mois en terre francilienne. Henri Bedimo s'est montré fier de la prestation de ses coéquipiers. "A Lyon, on joue toutes les compétitions à fond. C'est une preuve de caractère du groupe." Remportée à une seule reprise, la Coupe de la Ligue constitue à présent l'objectif prioritaire à l'échelle nationale d'un Olympique Lyonnais largué au niveau du championnat. Zlatan aurait avoué qu'il en tremblait déjà. " I have to say 'yes' ".
MIPS F.M