MIPS FM | 12h48 | Le jour où une ville fut plongée une nuit entière dans l'obscurité la plus totale
Mieux que les recettes de grand-mère, les remèdes de coach. Retrouvez après chaque journée de championnat - français ou étranger - une analyse en trois phases des interventions chirurgicales des entraîneurs sur leur équipe au cours d'un match.
Quatrième entraîneur appelé au tableau noir de MIPS FM : Sylvain Ripoll, le successeur low-cost d'un certain Christian Gourcuff, exilé en terre algérienne.
FC Lorient 1-2 Paris Saint-Germain
42' Raphaël Guerreiro / 60' Edinson Cavani / 68' Jean-Christophe Bahebeck
Sept défaites sur les huit derniers matchs. Tout compte fait, le début de saison des Merlus ressemblerait à une longue descente en enfer. Suite au départ surprise - d'un point de vue extérieur - de Christian Gourcuff, son successeur ne fut autre que... son numéro deux. Son nom ? Sylvain Ripoll.
L'ancien bras droit de Gourcuff avait réussi à convaincre ses dirigeants de sa crédibilité à endosser le rôle de numéro un à la suite d'un intérim réussi en plein cœur de l'hiver 2013 - trois victoires en autant de rencontres sur le banc lorientais. Gourcuff refusant de prolonger, le président Loïc Féry n'hésitera pas longtemps à confier les rênes de l'équipe professionnelle à Sylvain Ripoll.
Quatre mois plus tard, le constat a un goût d'eau salée : les Merlus sont au dix-huitième rang du classement, avec le même nombre d'unités que... la lanterne rouge bastiaise (10 points). La différence de but dispensant les Lorientais du port du bonnet rouge... Un avantage directement lié à une bonne prestation livrée face au champion de France en titre, un certain Paris Saint-Germain, ponctué par une petite défaite.
Retour sur un remède de coach qui devrait redonner du baume au cœur à tous les fans de l'ancienne formation d'Arnaud Le Lan et Ronan Le Crom.
1- Le 4-4-2 ou le meilleur des barrages ?
Une minute de jeu. Voilà le temps consenti par un international de l'Équipe de France pour se mettre en évidence. De la pire des façons.
Yohan Cabaye, titulaire pour la troisième fois de la saison au sein de la bande francilienne, s'emmêle les pinceaux devant un Jordan Ayew concentré. L'ancien attaquant de l'Olympique de Marseille chipe le cuir entre les pattes de l'international français pour se présenter seul face à Salvatore Sirigu. Le portier italien assure - et rassure - en repoussant la timide tentative de l'intérieur du pied effectuée par le numéro 9 lorientais. Vingt minutes plus tard, Yohan Cabaye se rendra coupable d'un nouveau dribble approximatif à une dizaine de mètres de sa propre surface de réparation. Rafidine Abdullah, autre ex-pensionnaire de la Canebière manquera de spontanéité devant les cages parisiennes pour conclure une bonne action entreprise sur la pelouse synthétique du stade du Moustoir.
Une surface en tout point originale qui ne justifie en rien la pire copie rendue par les doubles champions de France en titre depuis le début de la saison. La raison est à chercher ailleurs. De l'autre côté de la ligne blanche. Dans la tête d'un homme. D'un successeur du professeur Gourcuff. Sylvain Ripoll avait fomenté son coup depuis quelques jours. Le but recherché était simple : mettre en place deux barrages composés de deux lignes de quatre joueurs. Et espérer que les deux flèches titularisées à la pointe de l'attaque concrétisent les rares occasions en contre-attaque.
Les deux milieux défensifs - Abdullah et Mesloub - sont associés pour s'occuper de la récupération du ballon. Mais pas que. Du haut de ses 29 ans, Walid Mesloub effectue ses premiers pas en Ligue 1 cette saison. Une éclosion tardive qui se justifie par l'intéressé lui-même au quotidien Sud-Ouest.
« A l'époque (en 2007), j'aurais déjà pu signer à Lorient. J'avais été repéré par Hervé Guégan (alors entraîneur de l'équipe B) et j'avais effectué un essai de deux semaines ici. Le club m'avait alors proposé un contrat pro mais j'avais préféré aller à Istres, en National. Je n'avais pas envie de brûler les étapes, je venais de CFA et je savais que je n'avais pas encore le niveau pour jouer en Ligue 1. » Sept ans plus tard, le gamin de Trappes, fan de la première heure du PSG, livrera une copie parfaite face à son club de cœur.
Les deux joueurs seront supplées au cours des phases offensives par le recentrage de Yann Jouffre. Le capitaine des Merlus se positionnera quasi-automatiquement en position de meneur de jeu pour gérer les contre-attaques du FC Lorient. Ce système de jeu permet aux lorientais de mettre la panique dans la défense parisienne. Et de concrétiser une maîtrise technique incontestable juste avant la pause. En contre-attaque bien sûr.
2- Du déchet et une contre-attaque plus tard...
Les Lorientais n'ont failli jamais profiter des errements de la défense parisienne. Que ce soit Ayew (1', 14' et 42'), Abdullah (21') ou Mesloub (32'), les joueurs de Sylvain Ripoll manqueront tour à tour de spontanéité et de finesse technique. Mais le vent tournera à leur avantage juste avant la mi-temps.
Les joueurs lorientais opéreront en contre-attaque. Suite à une action vendangée par les attaquants parisiens, les deux attaquants Merlus vont profiter de la fébrilité parisienne pour ouvrir le score. Lavigne, Ayew et Guerreiro vont s'allier pour opérer une percée en une quinzaine de secondes. Un contrôle en porte-manteau du frère d'André Ayew plus tard, Raphaël Guerreiro conclut l'affaire (42'). Le plan Ripoll fait son effet. Les Merlus rentrent au stand avec un but d'avance au tableau d'affichage.
Deux ans après la descente à l'étage inférieur de l'AS Nancy-Lorraine, autre club de statut professionnel ayant adopté les terrains verts saupoudrés de pellicules noirs, Lorient est le seul club de Ligue 1 proposant une surface synthétique de deuxième génération. Une singularité qui a visiblement gêné les visiteurs d'un jour. L'entraîneur du Paris Saint-Germain, Laurent Blanc, avait visiblement beaucoup de mal à croire que ce particularisme esthétique constituait une "excuse" valable pour expliquer le début de match difficile "Le terrain synthétique n'est pas une excuse. Après c'était bien mieux."
3- Rompre avec les honneurs
Son numéro 40 collé au dos ne présage pas d'un rang de numéro un dans la hiérarchie des gardiens de but du club. Son âge juvénile non plus. Et pourtant, Benjamin Lecomte, 23 ans, vit un véritable conte de fée. Et tout compte fait, cette place de gardien titulaire lorientais est tout à fait justifié.
Le successeur désigné de Fabien Audard, désormais gardien numéro trois de l'effectif morbihannais justifie sa présence par de bonnes prestations depuis le début de la saison. Ancien licencié des clubs de football franciliens de la ville d'Arcueil puis d'Antony, Lecomte participera à des détections au centre de formation du Paris Saint-Germain. Sans succès. Malgré le classement décevant de son club, Lecomte, qui concède treize années à son prédécesseur, retardera l'échéance en début de second période face aux ogres parisiens.
Juste avant l'heure de jeu, il s'illustrera avec une double parade exceptionnelle face à Serge Aurier puis Thiago Silva (50'). Une réactivité et une vélocité qui augure un bel avenir à cet autre enfant de... Paris ! Les rentrées conjuguées de Marco Verratti et Jean-Christophe Bahebeck vont rapidement faire rompre le dernier rempart lorientais.
Edinson Cavani égalise à l'heure de jeu juste avant la venue sur le terrain des deux joueurs (60'). L'international uruguayen profitera d'une faute de main du portier de Lorient pour marquer son cinquième but de la saison, lui offrant la tête du classement des buteurs du club en Ligue 1, à égalité avec Zlatan Ibrahimovic. Cavani inscrit par la même un troisième but en trois matchs, une première depuis près d'un an. Le second but parisien sera marqué six minutes plus tard par le nouvel entrant, Jean-Christophe Bahebeck, bien servi par son compère d'un soir, Marco Verratti (66'). La fin du match se finira sur un rythme moins soutenu, les Lorientais accusant le coup physiquement suite à une première période de qualité.
Les hommes de Sylvain Ripoll n'auront pas à rougir de leur prestation livrée face à des parisiens en-dedans. "C'est l'une des plus mauvaises premières périodes du PSG depuis ma venue au club" confirme Laurent Blanc. Avec dix points au compteur et seulement dix buts marqués, le FC Lorient doit absolument retrouver le chemin des filets pour remonter au classement. La remontée à la surface des Merlus passera sans nul doute par un retour au jeu sans complexe. Comme face au Paris Saint-Germain hier soir.
MIPS F.M