MIPS FM | 14h45 | Le jour où la France se retrouva en charge de l'organisation de l'Euro 2015 de basket... en compagnie de l'Allemagne, la Croatie et la Lettonie
"Je ne pensais pas passer tout mon été à plancher sur des cahiers de vacances. Et pourtant, pendant que mes amis fêtaient leur succès et se mâter la finale de la Coupe du Monde, j'essayais de me concentrer et de réviser pour passer le bac. C'est bête : je suis fan de l'Allemagne !" L'histoire de Julien est tout sauf un cas isolé.
Plusieurs milliers de retardataires planchent, depuis ce lundi 8 septembre sur les épreuves écrites du baccalauréat général et technologique 2014. Cette session de "remplacement", mise en place pour donner une seconde "première" chance aux candidats touchés par le sort s'achèvera le 17 septembre prochain.
Un accident évitable
Inscrit en terminale ES dans un lycée du Val-de-Marne, Julien avait pourtant mis toutes les chances de son côté pour "casser la baraque". Fiches bristol de toutes les couleurs, annales de révisions remplies de marques-pages en tous genres, le jeune homme âgé de 17 ans ne voulait rien laisser au hasard. Puis le destin s'est mêlé de son sort avec une malchance inédite.
"Après une journée de révisions passée à la bibliothèque universitaire, je suis rentré chez moi avec mon vélo. L'accident a eu lieu à mon arrivée à la maison. Mon vélo, déposé sur un crochet du local à deux roues, est retombé sur ma tête."
Julien s'en tirera avec huit points de suture, un mal de tête persistant et un arrêt de vingt jours de travail. "A l'époque, je travaillais pour un fast-food. J'ai dû mettre une croix sur mon argent de poche. Et sur l'été pour le dépenser !"
Cette situation singulière arrive chaque année à plus de 2 000 jeunes. Et moins jeunes. Dans l'incapacité de se présenter aux épreuves du baccalauréat en juin dernier suite à un accident domestique, Julien a dû se résigner à repousser l'échéance au mois de... septembre.
Des personnes atteintes de lourds handicaps ou ayant malheureusement connu le décès d'un proche peuvent aussi prétendre à passer leur baccalauréat à la rentrée.
Cette mésaventure conduit Julien à faire partie des plus de 2 000 inscrits pour les épreuves de "remplacement" du baccalauréat. Selon le ministère de l'Education nationale, les retardataires seront "un peu moins" qu'en 2013 où 2 482 personnes avaient rendu leurs copies au courant du mois de septembre.
Au total, ces futurs bacheliers de la rentrée représentent moins de 0,5% des effectifs - 686 907 candidats en 2014 - se présentant aux examens selon les services de la rue de Grenelle.
Un véritable parcours du combattant
"Je me suis fait sucrer deux mois de vacances à cause d'un guidon de vélo. J'étais triste car je n'ai pas pu fêter mon obtention du baccalauréat avec mes potes. Mais j'étais heureux de voir que tout le monde l'avait eu !" tempère Julien. Avant de s'imposer un "bachotage" en plein été, le jeune homme a dû prendre son mal en patience pour recevoir sa notification officielle afin de se présenter aux sessions de "remplacement".
Le nombre restreint de candidats se présentant à la session de septembre est le reflet de la politique restrictive appliquée par les rectorats. Chaque demande est soumise à une batterie de vérifications effectuées par les bureaux régionaux. Les rectorats veulent chasser les demandes les moins "crédibles" pour limiter les effectifs de cette session supplémentaire.
Pour avoir une chance de se présenter au baccalauréat au mois de septembre, rien de plus simple : il vous suffit de transmettre un justificatif à votre centre d'examen puis de prendre un rendez-vous avec un médecin salarié de l'Education nationale. Si ces deux actions ne suffisent pas à contenter le rectorat, il vous restera une dernière démarche à honorer : consulter un psychologue qui certifiera que vous êtes réellement dans " l'incapacité " à vous présenter à la session du mois de juin.
Julien a dû se plier à cette "batterie de test" pour obtenir le sésame tant espéré. "Je ne pensais pas que j'allais devoir consulter un psy pour me présenter au bac en septembre. J'avais juste pris un guidon dans la tête. Pas une barre de fer !" ironise l'intéressé.
Si la demande est acceptée, le candidat se contente de passer les examens des disciplines où il n'avait pas pu se présenter au cours de la première session. Cet "arrangement" est proposé aux seuls candidats issus des filières professionnelles. Pour les autres, il faut tout repasser !
55 % de réussites aux sessions de septembre
Pour ce fan de la Mannschaft - nom donné à la sélection allemande de football -, le match face à la douleur au moment de plancher sur les copies s'annonce des plus coriaces.
Julien est encore pris de violents maux de tête près de trois mois après l'accident. "J'ai du mal à me concentrer plus de deux heures pour réviser. J'ai peur de flancher au cours d'un examen." Et pour cause, le jeune homme a choisi l'option Sciences sociales et politiques. Ce choix l'oblige à passer près de cinq heures d'affilé à plancher sur deux sujets. "Ça va être tendu. Mais il faut le faire."
Cette période estivale permettant aux lycéens d'obtenir deux mois supplémentaires de révisions est-elle profitable ? Si on se réfère aux seuls chiffres communiqués par le ministère de l'Education nationale, seuls 55 % des candidats inscrits aux sessions de "remplacement" ont obtenu le précieux sésame du baccalauréat chaque année. On est loin des 88 % de candidats détenteurs du diplôme en juin 2014.
Pour le ministère de l'Education nationale, cette comparaison n'a pas lieu d'être car la première session concerne des "milliers de candidats" alors que la seconde session ne comptabilise "que quelques milliers" d'inscrits sur les listes.
Le scénario catastrophe conduisant à un passage du baccalauréat en juin 2015 est "tout sauf envisageable" pour Julien. "De toutes façons, ma mère a été claire : en septembre, tu passeras ton bac ! C'est non-négociable."
MIPS F.M.
