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MIPS FM | 10h17 | Le jour où les pilotes de F1 vont mettre près de deux minutes à effectuer un tour de piste. Une belle blague belge...

Mieux que les recettes de grand-mère, les remèdes de coach. Retrouvez après chaque journée de championnat - français ou étranger - une analyse en trois phases des interventions chirurgicales des entraîneurs sur leur équipe au cours d'un match.

Deuxième entraîneur à portée de la queue de billard de MIPS FM : Marcelo Bielsa, le chercheur fou qui ne se contente pas de tests en laboratoire

 

Laurent Blanc a du soucis à se faire. L'entraîneur du Paris Saint-Germain n'est plus le seul technicien officiant dans l'Hexagone à posséder une touillette magique. Marcelo Bielsa peut apprécier son "petit noir" coulé à la mi-temps. Il tient sa première victoire en championnat de France, et à l'extérieur s'il vous plaît.

Après s'être contenté du point du match nul face au SC Bastia (3-3) pour le compte de la première journée de Ligue 1 puis d'une défaite sur sa propre pelouse face au Montpellier de Rolland Courbis (0-2), l'Olympique de Marseille s'impose sur la pelouse du Roudourou fasse à l'En Avant Guingamp sur le score de 1 à 0.

Trois points qui vont sans doute calmer les tensions perceptibles du côté du centre d'entraînement Louis-Dreyfus. Et permettre à Marcelo Bielsa de travailler en toute sérénité. Une douce contradiction pour celui qui est surnommé El Loco par les observateurs avisés. Un schizophrène lâché en pleine nature marseillaise, ça a du chien.

Inconstant au cours de la première période, ne trouvant que très rarement des brèches pour inquiéter la défense armoricaine, l'OM jouissait d'une possession de balle, supérieure à 70 %, pour les moins stériles. Les coéquipiers d'André-Pierre Gignac - sorti sur blessure à quelques minutes du terme du match - ont renversé la vapeur quinze secondes après leur retour des vestiaires. Auteur de l'unique but de la rencontre, le numéro 9 marseillais inscrit par la même occasion son quatrième but en trois confrontations face à l'En Avant Guingamp. Et son seizième depuis le début de l'année civile. Ce changement au tableau d'affichage - le seul de cette rencontre - tient en un remède de coach.

Retour sur la potion magique réfléchie, concoctée et distillée par le Professeur Bielsa.

 

Première étape : le diagnostic sans dialogue

Après un passage infructueux dans une composition à quatre défenseurs, cinq milieux et un attaquant unique, Marcelo Bielsa décide de revenir à ses premiers amours en proposant un dispostif en 3-3-3-1. Jouissant d'une réussite implacable au cours des matchs de préparation, ce schéma de jeu avait montré ses limites en match officiel. Dès le premier match de championnat. C'était sur la pelouse de Bastia. Têtu dans ses décisions - Romain Amalfitano en a récemment fait les frais en étant exclu du groupe professionnel -, Marcelo Bielsa a profité du déplacement en terre armoricaine pour remettre son 3-3-3-1 sur la table des ébats footballistiques. Et sans dialogue.

Marcelo Bielsa assume son envie, ambitieuse, de favoriser "l'offensive". Pour ce faire, l'ancien entraîneur de l'Athletic Bilbao fait confiance à un quatuor emmené par Dimitri Payet en position de chef d'orchestre. Le numéro 17 se voit confier la lourde tâche de diriger les offensives olympiennes en distillant de bons ballons à un trio de luxe : Gignac, épaulés de Thauvin et Ayew. Cette organisation de jeu a un mérite : être en phase avec la devise du club vainqueur de la Coupe des Clubs Champions en 1993. Le quatuor n'a qu'une idée en tête : aller Droit au But. Les Quatre Teigneux vont prendre d'assaut les cages guingampaise dès la septième minute. Bien servi par Dimitri Payet, Florian Thauvin se présente seul face au portier adverse. Pur gaucher, l'ancien bastiais se retrouve sur son pied faible pour affronter Mamadou Samassa. Il remportera le duel grâce à une sortie express. Cette action bien construite n'est qu'un écran de fumée dans une première mi-temps des plus maussades.

Les offensives olympiennes manquent de tranchant mais surtout de percussion. Florian Thauvin se montre comme le point faible du quatuor chargé de dynamiter le coffre-fort armoricain. La présence de Christophe Kerbrat, adulé par ses fans qui militent sur les réseaux sociaux pour le voir un jour défendre les couleurs de l'Equipe de France, n'excuse en rien la prestation décevante des attaquants marseillais au cours de la première période.

Le jeu proposé par les olympiens se veut offensif mais n'en reste pas moins stérile au cours du premier acte. André-Pierre Gignac s'illustrera sur une frappe des trente-cinq mètres peu après le quart d'heure de jeu (20'). Samassa déploiera son mètre quatre-vingt quatorze pour s'interposer. L'international français s'essayera quelques minutes plus tard sur une tête. La tentative, inédite pour le co-capitaine de l'OM - il n'a marqué qu'à six reprises de la tête au cours de sa carrière - frisera le poteau droit de Samassa. A défaut de se procurer des occasions franches d'ouvrir la marque, Imbula et les siens vont monopoliser sans partage le cuir. Avec une possession de balle dépassant la barre des 70%, l'Olympique de Marseille maîtrise le ballon. S'accaparer le ballon permet de minimiser les risques de contre-attaque. Et de menace.

La solidité défensive affichée par les partenaires de Nicolas N'Koulou est le motif de satisfaction de Bielsa au cours de cette première période. Accompagné dans cette tâche ingrate par deux novices du poste - Alexys Romao et Jérémy Morel -, l'international camerounais n'a été que très rarement inquiété par les attaquants de l'EA Guingamp. Seul au poste de milieu récupérateur, Gianellli Imbula est positionné devant les trois défenseurs. Et Imbula n'a peur de rien. Même pas de la solitude se conjuguant avec une multiplication des tâches. L'ex-joueur de l'hôte du soir a l'air de s'épanouir dans un dispositif où il se retrouve être le seul pilote à être en charge de la récupération du ballon en phase de repli.

Marcelo Bielsa ne peut pas se contenter de bien défendre. Après un point glané en deux journées, le successeur de José Anigo se devait de trouver une solution de ramener les trois points de la victoire du côté de la Canebière. Bielsa le Fada trouvera la clef seul. A trois minutes de la pause.

 

Deuxième étape : le remède est belge

Florian Thauvin sera désigné comme le fusible idéal aux yeux de Marcelo Bielsa. Auteur de deux centres hasardeux peu après la demi-heure de jeu, l'international espoir verra son remplaçant partir à l'échauffement dès la 42ème minute. Malgré une dernière frappe enroulée dans le temps additionnel, Florian Thauvin fera les frais des décisions du coach argentin. Sans changement de dispositif.

Marcelo Bielsa déroute autant qu'il intrigue. Ses sauts d'humeur parsemés de grimaces de douleur - il souffre du dos depuis plusieurs années - masquent une tranquillité d'esprit éternelle. L'entraîneur argentin ne laisse aucune forme d'arrogance le pousser à dévoiler sa quiétude. Bielsa préfère aux grandes tirades pompeuses les effets de ces modifications chirurgicales. 

Excedé par les mauvais choix de son ailier gauche Florian Thauvin au cours des quarante premières minutes, El Loco Bielsa modifiera sa tactique en plaçant André-Pierre Gignac sur le côté droit. Le nouvel entrant, Michy Batshuayi, est placé en pointe de l'attaque phocéenne. Par ce changement, Marcelo Bielsa souhaite équilibrer son côté droit, autant en phase défensive qu'offensive avec un joueur généreux dans l'effort. La présence du métre quatre-vingt six de l'ancien buteur du Standard en attaquant de base permet à toute l'équipe de jouir de détenir un point de repère fixe pour effectuer des relances de balles précises et rapides. 

Au retour des vestiaires, le onze phocéen se présente donc avec une seule modification d'ordre humain. Les effets de ce changement se feront sentir dès l'entame de la seconde période. Une réussite précoce qui ne donnera point l'envie au technicien argentin de faire gicler son "petit noir". 

A défaut d'être présent dans le onze de départ, et donc décisif sur le terrain, Romain Alessandrini va s'illustrer dans un rôle inédit : celui du devin à effet immédiat. "On passe à deux attaquants pour un peu plus peser devant. J'espère que Batshuayi va faire la décision ce soir. Je pense qu'on va rester à trois derrière et passer à deux attaquants devant avec un joueur de moins au milieu. Je ne sais pas. On va voir comment ça va se dérouler."

Quinze secondes après cette déclaration, André-Pierre Gignac se met à sprinter vers le banc phocéen pour célébrer son but avec ses coéquipiers et l'ensemble du staff. Tous sauf un. Impassible voire indifférent au monde qui l'entoure, Marcelo Bielsa ne lèvera pas le moindre sourcil pour marquer le coup. Le technicien préfère s'attarder sur la touillette de son café fraîchement moulu. Les observateurs les plus assidus s'en amusent mais Marcelo Bielsa a un temps d'avance.

Le natif de Rosario s'autorise une dose de caféine pour rester alerte à toute baisse de régime de sa formation. Un coup de moins bien qui interviendra dès l'heure de jeu.

 

Troisième étape : consolider les effets

Pour parer à toute baisse de régime - et éteindre tout début d'excès de confiance -, Marcelo Bielsa s'active sur le banc de touche devant sa troupe d'assistants. Bielsa ne demande pas de conseils. Il transmet ses ordres. Franck Passi, le régional de la bande est chargé de traduire ses consignes. La dernière en vogue est le changement de dispositif. Peu après l'heure de jeu, les onze joueurs sont priés de passer en 4-5-1. Le nouvel entrant, Abdelaziz Barrada, est prié de prendre en charge la distribution des bandrilles jusqu'à la fin du bal.

Positionné en tant que meneur de jeu, exilé un temps du côté des Emirats Arabes Unis, le pur produit de la formation du Paris Saint-Germain n'est plus à une trahison près. Habitué à évoluer en tant que milieu relayeur, l'ancien joueur de Getafe se plie aux exigences du technicien de Rosario. Sans broncher, le jeune homme de 25 ans transmet les consignes à Gianelli Imbula et Alexys Romao, ses deux nouveaux compères du milieu. La 63ème minute marquera donc le dernier changement tactique effectué par Marcelo Bielsa. Et la fin de la possession de balle à l'avantage de son équipe.

Les joueurs de l'Olympique de Marseille vont petit à petit baisser pavillon et se contenter de défendre. Leur point fort. Plier et ne pas rompre, une tactique jadis employée par un certain Elie Baup à la tête des Olympiens et qui avait conduit le club à conquérir une deuxième place innatendue au terme de la saison 2012-2013. Bielsa l'utillise par touches homéopathiques en cas de besoin immédiat. Ce schéma de jeu permet de contenir les velléités des Bretons. 

Les deux milieux défensifs sont chargés tout d'abord de couper les accélérations de Christophe Mandanne. L'attaquant armoricain décroche systématiquement depuis la rentrée de Mustapha Yatabaré. Ses longs sprints, initiés depuis le rond central, transpercaient les deux lignes de trois disposées par Bielsa. Pour faire face à ce (petit) désagrément, l'entraîneur choisit donc d'offrir de l'huile de coude à Imbula, son unique milieu de de terrain. 

Le passage en 4-51 permet également de mieux défendre sur les ailes avec une équipe quadrillant tout le terrain. Les transmissions entre Mathis et ses attaquants sont de ce fait totalement maîtrisées. Les présences de Gignac et d'Ayew dans les couloirs permettent de freiner les montées des latéraux guingampais. En contre-attaque, André-Pierre Gignac peut profiter des errements de son vis-à-vis pour attaquer et tenter sa chance depuis l'aile droite (67'). La rentrée de Ladislas Douniama, le plus petit joueur de la Ligue 1 - l'international congolais culmine à 1m63 - à une vingtaine de minutes du terme de la rencontre n'y changeront rien : la défense marseillaise est solide. Et confiante.

 

Le nouveau télescopage entre Steve Mandanda et Mustapha Yatabaré à un quart d'heure de la fin tiendra de la mauvaise anecdote. Privé de Coupe du Monde suite à un choc brutal avec l'attaquant guingampais, le portier international français s'amusera à sortir avec un temps de retard dans les airs. Ce manque de réactivité ne pardonne pas. Mandanda restera plusieurs secondes "la tête dans les nuages" puis reprendra son poste. Sans problème apparent. 

La fin de la rencontre sera marquée par d'autres choix tardifs, ceux de Batshuayi. Agé de vingt ans, l'international espoir belge manquera de réactivité pour servir ses coéquipiers à quelques minutes du terme du match (87'). La petite alerte ressentie à la cheville par Gignac permettra à Romain Alessandrini de participer à la fête. Et de prendre ses distances avec l'homme de terrain de Canal +. Un ouf de soulagement que tout le kop de supporters de l'OM partagera cinq minutes plus tard au coup de sifflet final. 

A défaut de se rassurer au niveau du jeu, les hommes de Bielsa ont fait le boulot : ramener les trois points à la maison grâce à une victoire. La première de l'année. Les effets de la méthode Bielsa vont, sans aucun doute, mettre du temps à révéler leurs effets. Le nouveau venu est en tout cas adoubé par ses joueurs. Le premier de cordée pour caresser dans le sens du poil le technicien argentin n'est autre que le nouveau de la bande. Un certain Barrada.

"C'est un grand entraîneur. Il a prouvé par le passé qu'il était un grand entraîneur. On continue à travailler et on pense au match prochain."

 

Rendez-vous le 29 août prochain à 20h30 au stade Vélodrome pour découvrir ses nouveaux remèdes de coach. Le prochain adversaire n'est autre que Nice. Un premier derby sur la scène française qui laissera de glace Marcelo Bielsa. L'enfant de Rosario en a vu d'autres, Clasico Rosarino oblige...  

 

MIPS F.M.

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La touillette, l'arme anti-crise - Image : Canal PlusLa touillette, l'arme anti-crise - Image : Canal Plus

La touillette, l'arme anti-crise - Image : Canal Plus

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