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Willy l'Ourson
Willy l'Ourson

MIPS FM | 10h47 | Le lendemain d'une belle moisson pour l'athlétisme tricolore aux championnats d'Europe

Mieux que les recettes de grand-mère, les remèdes de coach. Retrouvez après chaque journée de championnat - français ou étranger - une analyse en trois phases des interventions chirurgicales des entraîneurs sur leur équipe au cours d'un match.

Premier entraîneur sur le billard de MIPS FM : Willy Sagnol, le néophyte aux ambitions de jeu

De la pelouse au banc, il n'y a qu'un pas. Mais le changement de costume est parfois difficile à apprivoiser pour certains. Pas pour Willy Sagnol.

Nommé à la tête des Girondins de Bordeaux après deux années de bons et loyaux services au sein de la Fédération Française de Football au poste de sélectionneur des U20 puis des Espoirs, l'ancien latéral de métier prône la "culture du jeu" et la discipline à tous les étages. Avec la caution technique en la personne de Khazri, international tunisien et ex-meneur de jeu du SC Bastia, Willy Sagnol se permet d'entamer une véritable révolution à la fois tactique et technique tout en prenant soin de prendre le temps.

Pour clôturer en beauté la deuxième journée du championnat de Ligue 1 - et son deuxième match en tant qu'entraîneur -, le tout frais quarantenaire s'est permis de servir un subtil cocktail à la saveur bavaroise à son homologue monégasque, un certain Leandro Jardim. Les 34 000 convives bordelais conviés pour l'occasion s'en lèchent encore les babines. Après cette victoire sur le score de 4-1 face à un vice-champion de France en titre apathique, on se prend à rêver du côté des travées du stade Chaban-Delmas. Mais cette pour la moins salée était loin d'être acquise. Après un début de match poussif, l'entraîneur bordelais s'est transformé en médecin de garde afin de relancer une machine bien grippée. Et atteindre son objectif prioritaire : la victoire.

A l'instar d'un Laurent Blanc qui avait débuté sa carrière d'entraîneur professionnel sur le banc girondin en compagnie de Jean-Louis Gasset, Willy Sagnol a choisi un autre homme d'expérience pour l'épauler dans ses différentes tâches. Et l'aider dans ses prises de décision face à un choix cornélien. L'entraîneur adjoint n'est définitivement pas un porteur d'eau.

Retour en trois phases sur les secrets d'un remède de coach néophyte.

Première étape : le diagnostic, c'est toujours mieux à deux

Douze minutes. Il n'a suffi que de douze minutes à Willy Sagnol pour se rendre compte que son dispositif de départ ne fonctionnait pas. Et pouvait envoyer son équipe dans le mur.

La faute à une hécatombe de blessés au milieu de terrain. D'Henri Saivet à André Biyogo Poko en passant par Abdou Traoré, c'est tout l'équilibre du onze girondin que l'entraîneur a dû repenser. La faute donc aussi à un dispositif inédit imposé à ses joueurs.

Exit le 4-5-1 victorieux mis en place face à Montpellier en ouverture du championnat et bonjour à un 4-4-2 ou Wahbi Khazri est contraint de revêtir le costume de milieu central aux côtés de Grégory Sertic. Une position inédite pour le meneur de jeu, transfert le plus important effectué du côté de la Gironde au cours de ce mercato estival. Une minute collé à son ailier gauche, celle d'après au chevet de son arrière droit, Wahbi Khazri croit bien faire en s'époumonant façon Blaise Matuidi.

Mais la réalité est toute autre : le numéro 24 des Girondins de Bordeaux est totalement perdu entre la ligne de défense et celle du milieu. Du pain béni pour l'AS Monaco.

Disposé dans un 4-3-3 avec un milieu de terrain à pointe inversée (Jérémy Toulalan se positionne derrière Geoffrey Kondogbia et Joao Moutinho), les monégasques se retrouvent en supériorité numérique dès l'entame de la rencontre. Avec une possession de balle frôlant les 65% au cours du premier quart d'heure, les hommes de Leonardo Jardim semblent en quête de rachat suite à leur déconvenue enregistrée le week-end précédent face au FC Lorient (0-2). Et à domicile. Autant en phases de possession du ballon que de pressing collectif, les monégasques manquaient cruellement d'inventivité ce soir-là. Ce n'est pas le cas face aux Girondins. Les coéquipiers de Valère Germain et Dimitar Berbatov multiplient les bonnes actions sans être pris à défaut par l'équipe adversaire. Du moins jusqu'à la quatorzième minute.

Le moment choisi par Willy Sagnol pour dresser un diagnostic précis de la situation. Épaulé par son Jean-Louis Gasset à lui, le quintuple champion d'Allemagne sous les couleurs du Bayern Munich va demander à son adjoint d'effectuer un audit en deux minutes montre en main. Le diagnostic livré par Sylvain Matrisciano fut sans appel : sans une retouche rapide et précise au niveau du milieu de terrain, le navire bordelais risque de prendre l'eau de toutes parts. Car les Girondins n'évoluent pas à deux milieux centraux contre trois milieux monégasques mais avec le seul Sertic. Avec un Khazri perdu à ce poste et un trou béant au milieu visible depuis la planète Mars, le bloc girondin est contraint de laisser le jeu à l'adversaire et opter pour un repli collectif. Pour palier ce déficit d'expérience et numéraire, Willy a la solution. Et il va l'appliquer en deux temps, deux mi-temps.

Deuxième étape : le remède en deux applications

Contrairement à Leandro Jardim qui avait osé sortir un de ses joueurs dès la demi-heure de jeu pour rééquilibrer son milieu de terrain (le milieu de terrain Bakayoko avait laissé sa place à Germain) et passer d'un 4-3-3 à un 4-4-2 classique, Willy Sagnol a décliné son remède en deux applications.

La première couche de pommade intervient au quart d'heure de jeu. Le cousin éloigné d'Alessandra Sublet fait preuve d'intelligence et de sang-froid en demandant aux joueurs présents sur la pelouse de faire preuve d'adaptabilité.

Souvent décrié pour avoir réussi l'exploit de rendre une feuille de statistique vierge au cours de la saison 2012-2013 (0 but et 0 passe décisive), l'ailier Nicolas Maurice-Belay sera le symbole de la modification du dispositif voulu par son entraîneur. Initialement prévu au poste d'ailier gauche dans un 4-4-2, Maurice-Belay va prendre position dans le coeur du jeu aux côtés de Grégory Sertic et de Wahbi Khazri. Ce dernier va se positionner devant Sertic en compagnie de l'ancien attaquant du FC Sochaux-Montbéliard. Ce changement de dispositif opéré par Sagnol revête un double objectif.

Le premier but est de bloquer les allées et venues des deux pistons adversaires que sont Kondogbia et Moutinho en leur opposant deux joueurs dans la même zone. Dans le même temps, ce nouveau positionnement permet à Wahbi Khazri d'être un peu plus libéré des tâches défensives. Le technicien bordelais donne à son meneur de jeu la possibilité de se projeter vers l'avant sans crainte. Cette libération de son "cerveau" permet à tout le bloc girondin de remonter de plusieurs mètres. Et à la doublette Sané-Pallois de mettre fin à leurs tentatives insipides de passes longues. Un constat partagé par Nicolas Maurice-Belay après la causerie du coach à la mi-temps.

"Techniquement, il ne faut pas d'erreurs. Défensivement, (les monégasques) arrivent à bien nous contrer. Ils nous obligent à jouer "long". On ne gagne pas le deuxième ballon et tout ça fait qu'on n'arrive pas à poser notre jeu." Ce jugement est partagé par Wabhi Khazri. L'international tunisien ne va pas par quatre chemins pour évoquer la première mi-temps réalisée par son équipe. "On a vraiment été nul [...] On n'a pas respecté les consignes."

La première application à visée homéopathique du docteur Sagnol permettra à la formation girondine de panser ses premières plaies superficielles en évitant le pire et de retrouver un semblant de cohésion collective.

L'ouverture du score, à deux minutes du retour aux vestiaires par l'inévitable Dimitar Berbatov (1-0, 46') ne changera en rien les velléités de Willy Sagnol. Il n'a qu'une idée en tête : remporter la victoire en imposant son jeu à l'adversaire.

La seconde application du remède est opérée dans les vestiaires bordelais. Mécontent de sa propre tactique de départ, le néophyte en devenir va user de psychologie pour rameuter les troupes et donner de la confiance à son collectif. Avant même de parler de tactique. Nicolas Maurice-Belay n'hésitera pas à camper le rôle du premier de la classe pour expliquer la méthode Sagnol au sortir du plus long couloir de vestiaire du championnat de France. "On a beaucoup couru en première mi-temps. Le résultat est logique pour l'instant. C'est à nous de nous ressaisir et techniquement être mieux pour pouvoir espérer quelque chose." Solidaire de ses confrères de Luzenac, empêtrés dans une interminable procédure administrative pour accéder (enfin!) à la Ligue 2, Nicolas Maurice-Belay a montré ce soir-là qu'il n'était pas qu'un simple joueur de ballon.

Willy Sagnol effectuera une troisième et dernière retouche en début de seconde période en faisant rentrer un autre "cerveau" au sein du milieu de terrain. Annoncé incertain tout au long de la semaine, Jaroslav Plasil n'avait apparemment que 45 minutes dans les jambes pour satisfaire les exigences de son entraîneur. Son entrée à la place d'un Cheick Diabaté indiscipliné marquera le tournant tactique de ce match. Et le début des ennuis pour la troupe à Jardim.

Troisième étape : admirer les effets

Trente minutes. Les hommes de Willy Sagnol ont consacré une petite demi-heure à déshabiller sans remords leurs adversaires. Avec quatre buts dans la besace entre la 45ème et la 75ème minutes, les joueurs de la Principauté ont dû ressentir un mal de tête des plus persistants au réveil ce matin.

Le premier coup de semonce intervient à la 47ème minute. Le but de l'égalisation est le fruit d'une action en trois temps, douze passes et trente-cinq secondes.

Quasi-fantomatiques dans le secteur de la récupération du ballon en première mi-temps, les bordelais vont s'attacher à se saisir du cuir le plus tôt possible. Et le plus haut aussi. Le premier pressing de cette seconde période est déclenché par le nouvel entrant. Après un premier jeu en triangle à une touche de balle en compagnie de Julien Faubert et de Diego Rolán, Jaroslav Plasil voit ce dernier perdre le ballon au niveau de la ligne médiane. Chauffé à blanc par son entraîneur, l'international tchèque ne se pose pas de questions et fonce dans les pieds de Geoffrey Kondogbia pour récupérer son joujou. Et laisser à son partenaire de corvée, un certain Grégory Sertic, le soin de mener à la baguette l'action offensive. Sans un filet d'huile de coude bien senti.

Soutenu (et couvert) par la présence de Jaroslav Plasil dans l'entrejeu girondin, Grégory Sertic va profiter des efforts défensifs de l'international tchèque pour réguler les actions offensives et se charger des deux derniers temps de l'action emmenant le but de l'égalisation. Le deuxième temps consiste à faire circuler le ballon de gauche à droite pour étirer la défense adversaire. Et toujours de la gauche vers la droite. Après s'être appuyé sur le couloir gauche occupé par la doublette Maurice-Belay-Contento, Sertic se tourne vers le côté droit et Julien "Vince Diesel" Faubert. Mais ce changement d'aile ne peut être efficace qu'avec une surdose d'accélération. Le une-deux opéré avec Plasil permettra à Sertic d'éliminer deux joueurs à trente mètres des cages monégasques. Une fois le travail d'épurage effectué, le nouveau vice-capitaine des hommes au scapulaire peut laisser le soin au trio Faubert-Contento-Rolán hommes de régaler les papilles des plus fins gourmets.

Bien servi par Sertic, Julien Faubert dans un sprint Boltesque sur son couloir droit. Le coup de rein effectué par l'international français (une sélection et un but) aura raison d'un Ocampos spectateur sur l'action. Et que dire de ses sept coéquipiers présents dans la surface pour soi-disant défendre... Faubert adresse un centre vers le second poteau. Contento, laissé libre comme l'air par Fabinho, est présent pour placer sa tête en direction de la surface de but. Rolán, bien placé, coupe la trajectoire du ballon devant un Abdennour aux abois les soirs d'été et égalise pour la formation girondine peu après la pause (1-1, 47').

Au cours de cette action placée, Julien Faubert et Diego Contento, les hommes de couloir, seront les seuls à se permettre de toucher plus de deux fois le cuir. Les consignes de Sagnol sont très simples et facilement visibles : le ballon doit circuler rapidement dans l'entre-jeu pour permettre aux latéraux de servir dans les meilleurs conditions les joueurs présents devant les cages. Simple et efficace. Les bordelais se permettront de réaliser une action identique... quatre minutes plus tard mais Khazri écrasera sa volée (51'). Dans la foulée, quatre joueurs monégasques se feront éliminer à l'entrée de leur propre surface de réparation par une passe en profondeur effectuée par Plasil. Mais Khazri manquera une fois de plus la cible (54'). Willy Sagnol réussit une partie en dix minutes : annihiler toute tentative de relance effectuée du côté monégasque et reprendre la possession du ballon. A l'heure de jeu, les bordelais s'accaparent le ballon plus de 60% du temps. Une possession sans partage qui leur permettra d'asséner deux nouveaux coups de poignard en quatre minutes. Et mettre en lumière Monsieur Khazri.

L'ancien pensionnaire du SC Bastia profitera d'une action éclair - 18 secondes - mais non moins placée, amorcée par une relance de la main de la part de Cédric Carrasso pour provoquer un penalty. Son coup de rein aura eu raison de la lenteur d'Abdennour. Ou l'allergique des matchs du mois d'août. Emiliano Sala, resté sur la pelouse au détriment de Cheick Diabaté se chargera de conclure une offensive rondement menée. Son premier but en championnat permet aux Girondins de Bordeaux de prendre l'avantage peu après l'heure de jeu (2-1, 61').

Trois minutes plus tard, ce sera Rolan qui se mettra en évidence en provoquant une faute à l'entrée de la surface monégasque. Excentré sur la droite, Sertic s'appliquera à trouver un coéquipier dans la surface. Rolan verra le ballon par la tête de Sané vers ses pieds uruguayens pour pousser le ballon d'un but adversaire étrangement vide (3-1, 65'). Wabhi Khazri se chargera de conclure l'affaire par l'intermédiaire d'un penalty suite à une faute de Subasic sur sa propre personne (4-1, 75').

"Jusqu'au bout" scandera le docteur Sagnol peu après ce quatrième but girondin. Car l'ancien international français, qui n'a paradoxalement remporté aucun titre au cours de son épopée en Bleu (2000-2008) a soif de victoires. Et de spectacle. Avec une place de leader avec six points dans la besace, Sagnol a déjà gagné un pari : celui de paraître crédible aux yeux des observateurs du championnat. Et de ses joueurs. Remède de coach oblige.

MIPS F.M.

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Tag(s) : #-Sagnol, #-Ligue 1, #-Bordeaux, #-AS Monaco, #-Khazri, #Sertic, #Plasil, #RemèdedeCoach, #Mips FM
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