Overblog Tous les blogs Top blogs Sport Tous les blogs Sport
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

MIPS FM | 05h41 | La nuit où les amoureux du football ont abusé de cafés pour tenir

Yaya Touré a le dos qui gratte en ce dimanche matin. Le meneur de jeu des Eléphants de la Côte d'Ivoire a mis du temps à apaiser ses petites souffrances. La faute à un homme tout droit sorti d'un manga policier made in Japan. Son nom ? Makoto Hasebe. Doté d'un superpouvoir tactique, le capitaine de la sélection japonaise s'est amusé pendant cinquante minutes à se faire passer pour l'ombre du ballon d'Or Africain. Ce mariage forcé a eu le mérite de forcer Sabri Lamouchi, le sélectionneur de la Côte d'Ivoire de changer son fusil d'épaule à la mi-temps, histoire de délester son capitaine de la puce Hasebe.

Retour en trois points sur les effets d'un marquage individuel au cours d'un match de haut niveau, où onze bridés ont tenté de plonger des ivoiriens dans le noir complet. En vain. Yaya et les siens ont recouvré la vue. Juste à temps.

 

Suis la voiture noire et ne la lâche pas

La méthode Hasebe est simple, radicale et cruellement efficace. Le premier acte consiste à mettre en place des fondations solides. Le bonhomme s'efforce de constituer un dossier solide, débordant de preuves plus ou moins futiles à transmettre à son successeur. Non, un samouraï n'est pas immortel. Pour effectuer à bien cette première tâche, Hasebe suit de près sa cible. Ce soir, direction le Brésil et la ville de São Lourenço da Mata pour effectuer sa nouvelle mission ; participer à la Coupe du Monde 2014 avec le Japon. Son rôle est simple : Hasebe doit suivre la voiture noire et ne pas la lâcher. Ça tombe bien. Sa spécialité à Hasebe, c'est la garde rapprochée d'un client, qu'il le veuille ou non. Hasebe effectuera une filature sans partage d'un homme appelé Yaya Touré.

Pour ce faire, le joueur de l'Eintracht Francfort va bouleverser les codes établis. Jouer les bourrins de service en marquant d'un crampon rouge le tibia de son adversaire direct, c'est ringard. Le détective japonais préfère aux coups de pression façon Nigel de Jong la présence 24h/24 en douceur, quitte à passer le baume du Tigre sur la poitrine du pensionnaire de Manchester City. Patrick Vieira en rêvait, Hasebe l'a fait.

Les dix premières minutes du match se résument donc à une phase de prise de contact, façon speed dating. "Tu me plais mais je vais réserver ma réponse pour la fin de la soirée car on ne sait jamais si une meilleure proie m'attend au tournant". Les deux hommes font donc rapidement connaissance, la faute à un emploi du temps chargé côté ivoirien. Et oui, Yaya Touré est un homme pressé, overbooké. Un véritable couteau suisse. Et il déteste les combats rapprochés.

Fraîchement champion d'Angleterre - pour la deuxième fois en trois ans - avec les Citizens, le globetrotter africain s'est construit tout seul, sans l'aide de personne. Malgré des choix de carrière discutables - il passera par l'Ukraine du côté du Metalurg puis à l'Olympiakos en Grèce -, l'international ivoirien a atteint les sommets du football européen avec le brassard de capitaine autour du bras du côté de Manchester City. Alors, ce n'est pas un joueur tout droit sorti d'un manga qui va lui faire peur.

Pour s'extirper de l'étau Hasebe, Yaya Touré va - avec malice - légèrement contourner les instructions de Tonton Lamouchi. Ce dernier lui avait conseillé de se placer entre la ligne des défenseurs et des milieux nippons, c'est-à-dire en position de 9 ½, pile dans la zone de son garde du corps. Le capitaine des Eléphants se retrouvera systématiquement dos au but, incapable de faire la différence sur un pas. N'est pas Iniesta qui veut. Dans les petits périmètres, le grand Yaya se retrouve comme étouffé, un brin ballonné. Son truc à lui, ce sont les grands espaces, les chevauchés au long cours. Partant des quarante mètres, Yaya Touré peut alors se libérér et foncer vers son objectif, tel un cheval au galop, impossible à arrêter. Un bolide noir en version K2000. La lumière rouge en moins. Mais ça, Hasebe le sait.

Le soldat nippon va s'efforcer de contenir les envies d'ailleurs du milieu de terrain ivoirien. De la surface de réparation défendu par les Eléphants usqu'au poteau de corner nippon, le capitaine nippon va récolter tous les indices nécessaires à la constitution des preuves : bagage technique bien au-dessus de la moyenne, tendance à la jouer collectif, des comportements tactiques versatiles. L'homme est quasiment insaisissable. A la 37ème minute, Yaya Touré montre néanmoins un premier signe d'énervement. Lancé dans l'élaboration d'une contre-attaque, il sent le souffle de Hasebe dans son dos. Le capitaine ivoirien décide de temporiser et de tirer la sonnette d'alarme. Ou plus précisément d'exploser le dos d'un de ses coéquipiers. Après un temps de réflexion, Yaya Touré se rend compte de la situation : Hasebe vient de lui passer les menottes autour des poignets. Le but du capitaine nippon est simple : le garder au chaud avant l'arrivée des renforts. Seulement voilà, Yaya a plus d'un tour dans son sac.

 

Tourne le dos, pose ton flingue et mets tes mains en évidence

Car l'ivoirien a plus d'un tour dans son sac. Après s'être extirpé de la tenaille nippone, Yaya Touré s'est amusé à multiplier les raids solitaires, en mode box-to-box. Les vieilles habitudes de Premier League ne sont jamais très loin. Bien aidé par une baisse de régime de son ombre du jour, Yaya Touré reprend du poil de la bête en reculant d'un cran sur le terrain. Ses deux partenaires du milieu de terrain s'écartent pour faciliter le retour du boss dans les entrailles du jeu. Mais pourquoi cette prise de recul ? Yaya Touré est un faux-lent. Pour atteindre une pointe de vitesse optimale, l'international doit partir de loin, voire de très loin. Ses différentes chevauchées permettent à tout un bloc de remonter rapidement, squatter le camp adverse et ainsi imposer son jeu.

Cette prise de décision marquera un tournant dans le duel Hasebe-Touré. L'inspecteur nippon jettera l'éponge au bout de cinquante minutes. Un aveu de faiblesse face au monstre physique et technique qu'est Touré ? Pas vraiment. La mission du capitaine Hasebe se limitait à la constitution du dossier, histoire de le transmettre à son successeur. Force est de constater qu'un homme a court-circuité cet échange. Yaya Touré en personne s'est fait un malin plaisir de retourner la situation.

"Tourne le dos, pose ton flingue et mets tes mains en évidence." Ces termes collent à la perfection avec le scénario de la confrontation entre les deux hommes. Hasebe s'est retrouvé dépouillé de ses preuves. Cinquante minutes de travail pour un dossier vierge d'éléments. Ça la fout mal pour un capitaine de cordée. Yashuito Endo, son remplaçant attitré essayera tant bien que mal de prendre le relais. Sans succès. Le changement tactique opéré par Sabri Lamouchi y est également pour quelque chose

 

Des renforts, il nous faut des renforts

Se lancer dans une compétition mondiale en laissant l'idole de tout un pays sur le banc de touche, au risque de se faire lyncher en cas de contre-performance, voilà le pari effectué par le sélectionneur ivoirien ce soir - ou ce matin, selon le fuseau horaire. Après une première mi-temps compliquée par le plan Hasebe, Sabri Lamouchi a porté ses bijoux de famille pour effectuer les changements qui s'imposaient. Ce n'est pas faute d'avoir croisé le regard de Yaya Touré. Son regard parlait pour lui. "Des renforts, il nous faut des renforts" lisait-on dans ses yeux. Exit donc le 4-2-1-3 qui cantonnait Yaya Touré à un rôle de meneur de jeu étouffé dans l'entonnoir nippon. Le sélectionneur des Eléphants décide de passer en 4-4-2 en faisant rentrer le mythe de tout un pays, un certain Didier Drogba. Au plus grand bonheur de Touré. Avec l'entrée de l'éternel homme aux cheveux défrisés, Touré n'a plus à se cacher : il trouve un poste plus en retrait, lui permettant de mettre en avant ses qualités de percussion et d'accélération. L'effet est quasi immédiat. En quatre minutes montre en main.

Deux minutes après ce changement tactique, les ivoiriens égalisent par l'intermédiaire de Wilfried Bony. Esseulé pendant plus d'une heure sur le front de l'attaque, l'attaquant de Swansea, club présent au sein de la Premier League anglaise, voit les défenseurs se focaliser sur la présence du Saint Didier. Bony n'a plus qu'à profiter de ce droit à l'oubli pour finir l'action du bout du pied. Cent vingt secondes plus tard, les coéquipiers d'Arthur Boka remettent le couvert. Cette fois-ci, c'est Gervinho qui se charge de terminer une belle action construite. La Côte d'Ivoire a renversé la tendance en l'espace de quatre minutes. L'inspecteur Hasebe n'est plus qu'un vieux souvenir. Les coéquipiers de Serge Aurier, auteur de deux passes décisives au cours de la rencontre, fileront tranquillement vers une première victoire dans cette compétition.

 

Hasebe et les siens devraient se retaper le légendaire Violent Cop de Takeshi Kitano. La violence façon Azuma, quand t'es dépourvu de technique, reste ta seule alternative.

 

MIPS F.M.

 

Publicité
"Didier, tu seras mon joker de luxe ce soir, d'accord ?" - Image : FIF

"Didier, tu seras mon joker de luxe ce soir, d'accord ?" - Image : FIF

Tag(s) : #JAPvsCIV, #Côte d'Ivoire, #Japon, #Hasebe, #Yaya Touré, #Drogba, #Lamouchi, #Coupe du Monde, #Mips FM
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :