MIPS FM | 09h15 | Le soir d'une température à 20°C aux Jeux Olympiques d'hiver...
AS Saint-Etienne 1-1 Olympique de Marseille
64' N.Nkoulou / 90'+2 Brandao
"Je suis content pour l'équipe [...] et satisfait du point gagné." Réaction d'un entraîneur suite à une rencontre disputée à domicile. Son nom ? Christophe Galtier. Le nom du club entraîné ? L'AS Saint-Etienne. Signe particulier ? Cultive le concept de la Goguette des Frileux. Inconnue par la plupart des contemporains, cette Société des Frileux permettait à des privilégiés de se retrouver le temps d'une soirée autour d'une table garnie de nourriture et d'alcool. Une farandole d'activités culturelles égayait les âmes les plus frivoles. Un pur moment de déconnade. A la bonne franquette.
Ce particularisme hexagonal, envié d'aucun championnat du Vieux continent est remis au goût du jour par plusieurs entraîneurs de Ligue 1. A l'instar de Claude Puel et de son équipe de l'OGCNice l'année dernière - 4ème au terme du championnat de Ligue 1 2012-2013, Christophe Galtier réunit tous les ingrédients pour truster les premières places. Véritable lieu branché des années 1840, la Goguette des Frileux retrouve une seconde jeunesse 170 ans plus tard à travers les préceptes des entraîneurs de Ligue 1, le spectacle en moins. Retour en trois points sur les secrets de fabrication d'un rendez-vous qui donne le sourire à Arnaud Montebourg. Et la gerbe à Christian Gourcuff...
Un service avec les moyens du "board"
Pour réussir une bonne soirée de Frileux, il faut maîtriser deux paramètres indissociables: des invités triés sur le volée et un service d'accueil de qualité. Contactés par le promoteur n°1 du spectacle sportif "Canal +" pour organiser une soirée de gala le 16 février 2014 à 21h, les dirigeants stéphanois recherchaient des célébrités aux cachets raisonnables pour se produire au Stade Geoffroy-Guichard, politique salariale Rousselot oblige. A défaut d'une équipe compétitive sur la scène européenne, les Verts se sont tournés vers un vestige national. Chaudement recommandé par Frédéric Thiriez, la moustache aiguisée du nouveau bar branché " La Ligue de Football Professionnel", l'Olympique de Marseille se présente à l'heure du rendez-vous avec une pléiade de gens "célèbres" parmi lesquels se trouvent un international français nommé André-Pierre Gignac, la future gloire nationale Florian Thauvin et "l'incontournable" Nicolas NKoulou. Le tout encadré par le duo d'entraîneurs José Anigo-Albert Emon. Du neuf avec du vieux.
Pour assurer un service premium, le gardien du temple a mis les petits plats dans les grands avec une composition en 4-3-3 et une tactique aux douces saveurs défensivo-tactiques. Histoire de mettre toutes les chances de son côté, Christophe Galtier a mobilisé ses hommes de main avec Renaud Cohade en faux meneur de jeu roublard, Kurt Zouma en position exceptionnelle d'arrière droit et Bayal Sall pour les tâches de videur de salle. Le reste de l'équipe est chargé d'expédier les affaires courantes.
Pour accueillir comme il se doit les visiteurs d'un soir, les dirigeants n'ont pas hésité à convier une assistance chaleureuse au majeur virevoltant, histoire de faire monter la température.
Marseille ? Allez-y, faites comme chez vous !
Kurt Zouma et Bayal Sall se chargent donc de la partie ingrate de la soirée: les refus de rentrer. André-Pierre Gignac, modèle de persévérance, s'y cassera les dents. Trois fois. Les deux compères de défense prendront leur rôle avec sérieux, avec tacles appuyés et coups d'épaules dissuasifs pour les plus réfractaires à l'autorité. Le troisième pilier du système Galtier du soir se chargera de faire tourner la tête du côté droit de la défense olympienne. Invité de dernière minute, la participation exceptionnelle de Brice Djadjeje se révèle être le talon d’Achille de l'OM. Après une analyse poussée du système en 5-3-2 concocté par les tacticiens adverses, l'entraîneur stéphanois se rend compte que le latéral droit monte sans couverture. Renaud Cohade se chargera d'exécuter les consignes du manager de la soirée: profiter des brèches... et foncer vers le poteau de corner. Ça part d'un bon sentiment, ça finit en queue de poisson.
Après une première heure de rodage, où les foireux passages de verres ont succédé aux jongles aléatoires d'objets non identifiés par les joueurs de champ, les guest-stars se sont décidés à remercier leurs hôtes du soir par la méthode du but sur coup de pied arrêté. Mathieu Valbuena à la baguette et Nicolas NKoulou à la conclusion à la 64e minute. 1-0. La demi-heure suivante ressemblera à une belle soirée d'été indien, avec chansons paillardes émanant des tribunes et sauts de l'ange de la superstar Valbuena.
Les organisateurs se confronteront à quelques minutes du terme de la rencontre à un rebondissement auquel ils n'avaient prévu aucun plan B: marquer un but à domicile. La faute à un gâcheur de fête, certainement un cousin éloigné d'Adailton...
Brandao, le bel-ami
Toujours moqué, jamais enterré. Cet homme-là, c'est de l'or brut dépourvu de polissage. Brandao exaspère par son jeu autant qu'il interpelle par sa science du timing. Venu du fin fond de l'Ukraine puis devenu riche et célèbre en terre parisienne un soir de Finale de Coupe de la Ligue, Brandao est le Bel-Ami de Maupassant, avec 120 ans de décalage.
Ancien joueur au sein de l'équipe visiteuse du soir, l'homme à la tignasse a encore réussi un coup de maître en s'incrustant dans les dernières secondes de la sauterie stéphanoise. Suite à un coup franc botté par Yohan Mollo, un autre absent sur la liste des invités, Brandao bénéficie d'un centre venu de la gauche pour ridiculiser Steve Mandanda d'une tête sur le poteau - qui rebondira sur les cheveux défrisés du portier phocéen - avant de finir sa course dans les filets. 1-1.
Harangué par des spectateurs au doigté subtil, le brésilien conclura son gâchis par une danse toute en déhanché. Les promoteurs du spectacle ne manqueront certainement pas de rappeler au manager Christophe Galtier leur désarroi suite à ce contretemps technique.
Ce score de parité permet aux deux équipes de se maintenir dans le Top 5 des meilleurs bars de France, où l'alcool coule à flots et les chichas s'immortalisent sur les réseaux sociaux.
Christophe Galtier n'en a que faire des palabres assassines d'un Frédéric Thiriez accroché à son Rocher: le match nul, c'est une spécialité française. Même si le football hexagonal plonge inexorablement dans l'anonymat, l'exception française, ça se protège.
Et ça se revendique ! Parole de Frileux.
MIPS F.M