MIPS FM | 27/06/2014 | 14h15 "Ce match, c'est un vol. L'arbitre n'aurait jamais dû expulser Marchisio, il a tout ruiné. Il met par terre 4 ans de travail !"
Cesare Prandelli en conférence de presse, deux minutes avant sa démission
Quatre ans après une première élimination au premier tour de la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud sous les ordres de Marcelo Lippi, Cesare Prandelli réussit la passe de deux en renvoyant une nouvelle fois la Squadra Azzura à la maison avant le début de la phase à élimination directe.
Après une première sortie encourageante suite à une victoire glanée face aux anglais sur le score de 2-1, puis un deuxième match manqué contre le Costa Rica (0-1), il suffisait d'un nul face aux uruguayens pour retrouver la sélection italienne en huitième de finale. Mais la méthode Prandelli a atteint ses limites. Innovation, spectacle et imitation. Le dernier mot a pris le pas sur les deux autres.
Véritable copié-collé de la composition version 2013-2014 de la Juventus de Turin, le 3-5-2 façon Prandelli fut dépourvu de joueurs capables de tenir leurs postes au plus haut niveau. De marquer des buts aussi. Et de ne pas en encaisser surtout. Suite à une dernière défaite face à l’Uruguay, les Italiens ont dit au revoir de manière prématurée à la Coupe du Monde. Et Cesare Prandelli a mis fin à sa relation « atypique » avec sa Squadra Azzura. Quelques mois après son arrivée à la tête de la Nazionale, Prandelli affirmait que « les résultats ne sont pas une priorité. Il faut d’abord rapprocher l’équipe des gens ». L’idée était louable. La méthode Prandelli prend fin. Avant même le croc de Luis.
Retour sur quatre ans où la fusée Azzurra n’a jamais pu retrouver son Cap Canaveral.
Du suicide lippiesque...
24 juin 2010. Deux points et dernier du groupe F. Championne du monde en titre, l'Italie est priée de faire ses bagages direction l'aéroport OR TAMBO de Johannesburg. Après deux nuls contre le Paraguay (1-1) puis la Nouvelle-Zélande (1-1), la Squadra Azzura doit déjà jouer sa qualification sur un dernier match de poule. Pas une mordante sélection sud-américaine, non. Juste une jeune sélection de l’Europe de l’Est.
Face à la Slovaquie, l’Italie se retrouvera désarmée. Robert Vittek et ses compagnons de Bratislava célébreront comme il se doit leur première participation à une phase finale de la Coupe du Monde depuis la chute du Mur de Berlin en 1991. Ex-membre de l’URSS par sa présence dans le melting pot tchécoslovaque, la Slovaquie se payera le champion du monde en titre. Le même Vittek – titularisés à quatre reprises sous les couleurs du LOSC au cours de la saison précédent le Mondial 2010 - plantera deux coups de poignard assassins à une défense italienne balbutiante. Et vieillissante.
A l'époque, Fabio Cannavaro, pilier de la défense transalpine possédait 36 balais dans ses jambes. Et Gianluca Zambrotta 33. Leur âge avancé aura raison de leurs aptitudes à défendre les couleurs italiennes. Pour la dernière grande compétition de leur carrière.
A l'instar de la France en 2002 et de l'Espagne en 2014, les coéquipiers de Gennaro Gattuso, champions du monde en titre, vont passer de la lumière à l’ombre. En l'espace de quatre ans. Un temps de transition entre deux Coupes du monde en somme. D'un titre de champion à un retour à la maison dès les phases de poule, il n'y a qu'un poids : celui des années.
Marcelo Lippi, en fin de contrat avec la Fédération italienne de football avait misé sur la présence de neuf champions du Monde en titre pour participer à l’aventure sud-africaine. Comment oser demander à un Fabio Cannavaro, Gennaro Gattuso ou Gianluca Zambrotta, encore titulaire à la Juventus de Turin ou du côté du Milan AC de rester au bercail sans pouvoir défendre leur bien ? La tâche s'est avérée impossible. Un beau suicide lippiesque.
Le sélectionneur avait remporté le Mondial avec ces hommes. Il emportera dans ses bagages ses "tauliers de vestiaire" - neuf champions du Monde en titre - afin de « faciliter une transition » en douceur « entre deux générations ». Fabio Quagliarella, Criscito, Salvatore Boccheti représentaient la nouvelle vague de la Nazionale. Et autant de joueurs portés disparus depuis 2012.
Pour faire jouer tout ce joli monde, Marcelo Lippi se repose sur un 4-3-3 traditionnel avec Andrea Pirlo comme meneur de jeu en retrait. Une fixette immuable qui se retournera contre lui. En focalisant tout son travail tactique sur la seule présence du "métronome" du Milan AC - l’époque -, Lippi commit une « erreur » de débutant. L’ex-sélectionneur de la Squadra Azzura aimait à dire que Pirlo était "son leader silencieux". L'officialisation de son forfait à dix jours du début de la compétition réveillera quelques doutes. Et brouillera définitivement ses cartes.
Condamné à trouver une nouvelle formule, le libéro de Savone dans les « seventies » va tenter l'improvisation en privilégiant une pâle copie de la stratégie à la Sacchi avec un 4-3-3 offensif. Copier une méthode, c'est bien. Posséder dans ses rangs des joueurs pour l'appliquer, c'est mieux. Prandelli confiera les clés du camion, habituellement détenus par "l'architecte" de l'équipe, à des aboyeurs comme Gattuso ou De Rossi. Le résultat s'avérera désastreux. Mais le sélectionneur n'avait plus le choix. Impossible pour les deux serviteurs du numéro 21 de la sélection de « laisser parler leurs pieds » pour eux. Et au bénéfice de l'Italie.
Pour accompagner les deux orphelins d'Andréa, le « renard argenté » - sobriquet donné à la vue de la domination territoriale de ses cheveux blancs sur son cuir chevelu - essayera deux génériques. Le premier se nomme Claudio Marchisio. Alors âgé de 24 ans, l'enfant de la "Juve" fêtera sa toute première sélection lors du match d'ouverture face au Paraguay. Et en position de meneur de jeu s'il vous plaît. L'essai tournera au pugilat avec un match nul (1-1). Six jours plus tard Riccardo Montolivo, ex-lieutenant de Prandelli sous les couleurs de la Fiorentina s'essayera au poste de milieu de terrain en retrait au sein d'un dispositif. Sans succès. Associé en duo avec le romain De Rossi au sein d'un 4-4-2 inédit, Montolivo se fera déborder par l'activité de la Nouvelle-Zélande. Une nation absente du Top 30 du classement de la FIFA.
Les partenaires de Giorgio Chiellini se montrent incapables de battre tour-à-tour le Paraguay (1-1) puis la Nouvelle-Zélande (1-1), pourtant pucelle de toute participation à une Coupe du Monde. La défaite concédée face à la bande à Vittek viendra sceller le sort d'un monument du football déjà à terre. Dépourvu de son chef d'orchestre titulaire en 2010, Marcelo Lippi proposera trois dispositifs différents en autant de rencontres. Les italiens ne sont que peu friands des improvisations. Et la mémoire courte est bel et bien un pêché universel. Marcelo Lippi sera prié d’aller entraîner ailleurs.
Comme la France, championne du Monde 1998 puis éliminée dès le premier tour du Mondial 2002, l'Italie rentrera à la maison sans remords. Avec force et fureur. Et le doux rêveur Prandelli sera nommé à la tête de l’Italie. Et comme un certain Raymond Domenech, il misera sur une nouvelle génération prometteuse. Sans succès.
.... au passage obligé par la case "Catenaccio"...
10 juin 2012. Le niveau du premier tour du tournoi européen est souvent plus élevé que les phases de poule d'une Coupe du Monde. Et les Italiens s'en accommodent volontiers. Après une entrée réussie face à l'Espagne (1-1), championne d'Europe en titre, les hommes de Prandelli se qualifieront facilement pour les 1/4 de finale de la compétition.
Arrivé à l’été 2010 à la tête de la Nazionale, Cesare Prandelli se veut d’un pragmatisme sans fausse note. Et sans débordements. Pour faire passer le mot à ses joueurs, l’homme qui se révélera à la tête de la Fiorentina choisit la manière forte : la rééducation des joueurs sélectionnés par le développement de leur humilité. Visite de la prison de Florence, entraînement sur une pelouse appartenant auparavant à la mafia calabraise… aucun acte n’est trop fort aux yeux du nouveau sélectionneur pour effacer le bide de 2010. Et le scandale des paris truqués. Le « Calcioscomesse » - comme on l’appelle de l’autre côté des Alpes - avait éclaboussé le championnat italien au cours de la saison 2009-2010. Prandelli avait donc hérité d’une bombe à retardement. Son implication lui permettra de repousser de quatre ans son explosion. En pleine figure.
Côté terrain, Cesare Prandelli doit avant tout rassurer ses joueurs. Et les supporters. Deux ans après la catastrophe du Mondial 2010, le sélectionneur italien reviendra aux fondamentaux en alignant un 3-5-2 traditionnel. Pirlo est sous la protection de deux nouveaux lieutenants en chef : Claudio Marchisio et Thiago Motta. La ligne défensive est renforcée par la titularisation de Giorgio Chiellini en tant que chef de meute. La présence d'un défenseur-relanceur en la personne de Daniele De Rossi permet au sélectionneur d’assurer les phases de relances.
En attaque, le duo Cassano-Balotelli est chargé de convertir les rares occasions de marquer un but. Une stratégie qui permet à l'équipe de se rassurer, et aux joueurs de reprendre confiance. Un passage obligé par la case "Catenaccio". A l'ancienne. "N'oubliez pas que l'Italie à l'ancienne a gagné, et a beaucoup gagné." Mais n'a jamais régalé les puristes.
La déclaration de Thiago Motta, effectuée quelques jours avant le début de l'EURO 2012, sera démontrée dans les faits. Issue de l'immigration comme un certain Mauro Camoranesi, argentin d'origine, l'italo-brésilien sera l'un des grands artisans de la reconstruction de l'édifice italien. Avant de passer la main aux fins techniciens à partir des ¼ de finales.
Après un second match nul face à la Croatie (1-1) et une solidité défensive retrouvée, Cesare Prandelli osera tenter un dispositif plus offensif en 4-1-3-2 face à l’Irlande. Dès le dernier match de poule. Pirlo se glisse entre deux lignes de joueurs : quatre pour occuper la ligne défensive et trois technico-physiques pour protéger "l'architecte" Made in Italia. La Squadra se veut féroce et douce à la fois.
En phase défensive, Mario Balotelli et Antonio Cassano sont chargés de déclencher les pressings. Une véritable première pour ses deux solistes. La réussite de la méthode 2.0 de Prandelli réside dans ce dévouement autant psychologique que physique des deux attaquants de pointe pour le besoin du collectif. De son côté, Pirlo intègre la ligne de quatre du milieu afin de permettre aux deux joueurs excentrés - De Rossi et Marchisio – de se concentrer sur les ailes pour aider les latéraux.
En phase offensive, les trois lieutenants laissent Pirlo dans son rôle traditionnel de meneur de jeu avancé. Marchisio, De Rossi et Montolivo s'attèlent à donner des pistes par leurs courses. Leur faculté à jouer dans un petit périmètre contribuera également à la réussite tactique de Prandelli, volontairement portée vers l'attaque. Une véritable surprise pour les observateurs. Une évidence pour le technicien italien. "Je préfère prendre un but plutôt que de rester vingt minutes à souffrir derrière." Voilà la pensée prandelienne assumée par son prédicateur.
Cette assimilation parfaite du 4-1-3-2 permettra à l'Italie d'atteindre les 1/2 finales de l'édition 2012 de l'Euro. Et de livrer - enfin - à ses Tifosi du spectacle. "Nous n'avons qu'une seule arme, le jeu. Ne pas jouer, ce serait dénaturer deux années de travail, et peut-être même d'un comportement immature." L'équipe d'Espagne viendra mettre à fin à l'euphorie italienne en finale. Avec quatre buts en guise de punition.
Quatre ans après la désillusion sud-africaine et deux ans après le sursaut ukrainien, Andrea Pirlo se présentera frais et dispo pour défendre les couleurs de sa Squadra. Et Prandelli renouvèlera, après une saison décevante, sa confiance à son super Mario. Une application minutieuse de la rhétorique domenechienne "on vit ensemble, on meurt ensemble"...
...au nouveau coup de poker en forme d'adieu
24 juin 2014. Quatre ans jour pour jour après le fiasco sud-africain, au tour du Brésil d'être le théâtre des mésaventures italiennes. A l'instar d'un Raymond Domenech amateur de farces, Cesare Prandelli va être le metteur en scène d'une Comedia Del Arte au coup de théâtre prévisible : un retour prématuré à la maison. Et le principal acteur ne sera autre que son poulain, Mario Balotelli.
Un de ses coéquipiers se chargera de lui lancer quelques tomates en guise de remerciements. "Nous devons repartir avec de vrais hommes, pas des plots ou des starlettes." lancera Daniele De Rossi en conférence de presse suite à une dernière défaite face à l'Uruguay (0-1), synonyme de nouvelle élimination dès le premier tour pour sa sélection. La fixette Balotelli, fidèle à son image de formidable individualiste galvaude un problème plus conjoncturel qu'événementiel : la méthode Prandelli ne prend plus. Et ceux à tous les étages de la fusée ritale.
Les exigences liées à une prestation sur une scène internationale perturbent constamment les plans du technicien italien. L'homme est comme tourneboulé à la vue d'un stade plein et d'une pelouse ressemblant plus à un billard qu'à une piste de motocross. Doux souvenirs de la Serie A. Pour se protéger, Cesare Prandelli revient donc à ses premiers amours : celui de l'improvisation. Le chiffre « 3 » comme porte-malheur.
« 3 » comme le nombre de matchs de préparation aux résultats prémonitoires. L'Italie se montre incapable de vaincre l'Irlande (0-0) puis le Luxembourg (1-1). Les hommes de Cesare Prandelli réussiront à remporter leur dernier match d'échauffement avant le Mondial face au club de Fluminense. Une victoire qui cache un malaise : l'absence de deux joueurs de la liste des 23 est encore dans tous les esprits. Pour des raisons bien différentes.
Remis sur pied après une flopée de blessures, Giuseppe Rossi sera rejeté par le sélectionneur italien avant le départ vers la terre du football. L'attaquant de la Fiorentina n'en perdra pas son latin. Et fustigera la méthode Prandelli. "Je ne comprends pas la décision du coach. Tout le monde sait que je suis à 100%. Les tests physiques le confirment." Ses antécédents aussi : victime de trois graves blessures en l’espace de quatre ans, Rossi évitera tout contact aux cours des entraînements puis pendant le premier match de préparation avec la Nazionale. Prandelli avait besoin de combattants à 100% pour conquérir une cinquième étoile au Brésil. Il ne pourra rien suite à la blessure de Riccardo Montolivo. Grand artisan de la belle aventure italienne au cours de l'Euro 2012, le meneur de jeu du Milan AC sera victime d'une fracture du tibia gauche face à l'Irlande. Lippi avait perdu Pirlo à quelques jours du début du Mondial 2010. Son successeur devra se passer du générique Montolivo pour 2014. De l'original à la pâle copie, le constat restera malheureusement le même : la mise en scène façon Prandelli sera catastrophique.
« 3 » aussi comme le nombre de compositions proposées par le coach italien en autant de rencontres disputées au cours du Mondial brésilien. 4-4-2 avec un milieu en losange, 4-5-1 ou 3-5-2... Incapable de proposer un dispositif stable à ses joueurs, histoire de leur permettre de se familiariser à leur poste et d'espérer l’apparition d’un semblant d'automatismes, Cesare Prandelli va reprendre sa célèbre méthode à tâtons. Et Andréa Pirlo sera son joujou préféré. Un coup en position de numéro 10 face à l'Angleterre derrière deux attaquants, un autre en tant que milieu relayeur - une première en sélection italienne dans une compétition officielle -, puis enfin en position traditionnelle de meneur jeu en retrait, Andréa Pirlo ne trouvera jamais sa place au sein du collectif italien pendant les matchs de poule. Et quand Andréa ne va pas bien, rien ne va. Quel que soit le nom de l'adversaire.
« 3 » enfin comme le nombre de points remportés au cours de ce Mondial 2014. Ou les trois buts qui ont caché les faiblesses tactiques de la Nazionale. Malgré le forfait de son capitaine et gardien de but Gianluigi Buffon, l'Italie a réussi à gagner trois points suite à sa première rencontre du Mondial face à l'Angleterre. Avec du recul, force est de constater que la moins faible des deux équipes l'avait emporté ce soir-là. Un véritable spectacle de faible qualité. Cesare Prandelli s'était reposé sur un dispositif en 4-4-2 avec un milieu renforcé où Andrea Pirlo était protégé par trois lieutenants. Aux deux fidèles De Rossi et Marchisio venait se greffer un certain Marco Verratti. Considéré comme le fils spirituel du "métronome", le milieu de terrain du Paris Saint-Germain disputait la première Coupe du Monde de sa carrière. A seulement 21 ans. Et il se distinguera comme l'une des rares satisfactions de ce Mondial brésilien. Son sens du jeu, sa malice et son sang-froid sans faille permettra de donner un semblant de rythme à un dispositif rigide. Car c'est bien le rythme qui manquera cruellement aux italiens tout au long de la compétition. La victoire remportée face aux anglais (2-1) a agi comme un leurre pour la sélection transalpine. Il s'était joué sous un faux rythme où Pirlo pouvait orchestrer le jeu offensif de son équipe comme dans un fauteuil. Les deux dernières rencontres de poule de la Squadra Azzura symboliseront la singularité de la méthode Prandelli.
Après une première sortie réussie face aux hommes de Roy Hodgson – qui sera maintenu à son poste malgré le « zéro pointé » des Three Lions -, le sélectionneur transalpin décide de remettre en jeu son onze de départ en changeant de tactique. Pari manqué pour le technicien italien. En troquant un 4-2-2 triomphant pour un 4-5-1 sécurisant, Prandelli se tirera une première balle dans le pied. Contre toute attente, Marco Verratti sera remplacé par Thiago Motta au sein du milieu de terrain. Incapable de jouer le rôle de box-to-box, la titularisation de l'autre joueur parisien du groupe des 23 se révélera inutile. Thiago Motta, Pirlo et De Rossi se marcheront sur les pieds pendant tout le match. Et la vitesse du jeu en pâtira. Face à un Costa Rica disposé en 5-4-1, Prandelli préfère amoindrir son impact offensif en laissant Balotelli, auteur du but décisif face à l'Angleterre, seule à la pointe de l'attaque transalpine. Les présences conjuguées de Candreva et Marchisio sur les ailes viennent annihiler toute perspective de diversité des attaques face à des costaricains regroupés en un seul et même bloc. Les deux joueurs se calqueront pendant 90 minutes sur la lenteur des chefs d'orchestre du milieu du terrain. Car il n'y avait pas un mais bien trois meneurs de jeu au milieu du terrain.
Dépourvu de milieu défensif amateur de tâches ingrates, les italiens se feront avoir par une action offensive à première vue inoffensive juste avant la pause (44'). Comme paniqué par ce contretemps, Prandelli fera LE changement qui s’imposait dès le début de la seconde période : Thiago Motta sortira au profit d’Antonio Cassano. Repassant en 4-4-2, l'Italie ne se procura que deux occasions en quarante-cinq minutes. Plus qu'un dispositif imparfait, le mal dont souffre l'Italie est plus profond. La Nazionale a perdu son identité de jeu.
Prandelli effectuera un dernier coup de poker en guise d'adieu face à la Celeste. Sûre d'être qualifié pour les 1/8ème de finale en cas de match nul, l'Italie se présentera avec une composition d'équipe en 3-5-2. Trois défenseurs et un bloc de cinq milieux de terrain : le "Catenaccio" est de retour. C'est ça l'Italian Touch !
Absent du onze de départ face au Costa Rica - pour une raison qui restera inconnue -, Marco Verratti éblouira de toute sa classe la première mi-temps de ce match décisif. Pirlo peut quitter la Nazionale en paix : la transition est assurée. Sauf pour les coups de pied arrêtés. Et jusqu'à preuve du contraire, le football est un sport qui se joue à onze. Et les italiens dégusteront une belle piqûre de rappel uruguayenne.
Le sélectionneur de l'Uruguay fut bien le seul à anticiper les humeurs changeantes de son homologue italien. Présenté initialement dans un 4-3-3, Óscar Tabárez se calquera sur le dispositif proposé par Prandelli pour mettre en place un 3-5-2 identique à son adversaire. Et misera sur son activité au milieu du terrain pour désactiver la puce Pirlo. Trente secondes après le début du match. Tel un cheval de Troie numérique, Arévalo Rios s'occupera de son cas. En toute simplicité. Une fois le "métronome" neutralisé, l'Uruguay se contentera d'imposer un faux rythme, histoire d'endormir son adversaire. Un seul but suffisait aux uruguayens pour se qualifier. Diego Godin, défenseur de son état, se chargera de délivrer toute une nation à une dizaine de minutes de la fin. D'une tête puissante sur corner (81’). Comme d'habitude. Le retour au "Catenaccio" à l'italienne n'aura pas sauvé Prandelli. Ce dernier choix hasardeux mettra à jour le déficit de cartouches tactiques détenues par le technicien italien. La méthode Prandelli résonne aujourd'hui comme une série d'affreuses balles à blanc.
Après la démission conjuguée de Cesare Prandelli et du président de la Fédération Italienne de Football, M. Giancarlo Abete, la sélection italienne se retrouve dépourvue d'une véritable ligne conductrice. Les retraites - internationales - probables de Buffon et Pirlo viendront compliquer le travail de reconstruction confié au successeur de Prandelli. Encore faut-il le trouver. Car au portillon de la Nazionale, suite à cette mauvaise campagne et le scandale Balotelli, rares sont les techniciens qui oseront venir s'y présenter.
MIPS F.M.
