MIPS FM | 23/06/2014 | Le jour où Léon Mercadet a mis un point final à sa belle existence
Retrouvez chaque semaine une tentative d'éclairage de l'actualité proposée par un grand-frère attentionné à une petite sœur débordante de curiosité.
Thème de la semaine : les raisons du record battu en mai 2014 de la moyenne des températures enregistrées depuis 1880
"Frérot, avant d'en savoir plus sur cette augmentation subite des températures, peux-tu me parler un peu de NOAA ?"
La National Oceanic and Atmospheric Administration (NCAA) n'est autre que l'Agence américaine océanique et atmosphérique, fondée en 1970 suite à une proposition du président de l'époque Richard Nixon. Créée en 1807 sous le nom de Survey of the Coast, elle est notamment chargée, depuis 1880, de relever les températures jour après jour au niveau international. Le relevé du mercure est effectué au niveau du sol et des mers. NOAA fut la première agence nationale scientifique fondée au monde. Soucieuse d'informer de manière régulière la population sur les causes du réchauffement climatique, l'influence de la NOAA est importante aux États-Unis. La NOAA souhaite, entre autres, la mise en place d'une véritable régulation du commerce maritime en général et de la pêche en particulier.
Sous l'impulsion de Richard Nixon, président des États-Unis entre 1969 et 1974, la NOAA va être incorporée au gouvernement du pays le 3 octobre 1970 au sein du département du Commerce.
Son dernier rapport, publié le lundi 23 juin 2014, fait état d'un record en mai 2014 de la moyenne mensuelle des températures depuis la mise en place des relevés il y a 133 ans.
"Quels sont les résultats de ce relevé sans précédent frérot ?"
La planète n'avait pas connu de moyenne de température aussi élevée au niveau mensuel depuis 1880. En comparant la moyenne des températures au 20ème siècle, évaluée à 14,8°C, à celle du mois de mai 2014, on constate une augmentation de 0,74°C. Révélés le 23 juin 2014, les relevés de la NOAA font état d’une moyenne des températures du mois de mai de l’ordre de 15,54°C. Ce record est tout sauf une surprise si l'on se réfère aux derniers relevés effectués par l'agence américaine. Mai 2014 se présente comme le 351ème mois consécutif affichant une moyenne de température au-dessus de la moyenne du 20ème siècle. Si l'on se focalise seulement sur les mois de mai des années précédentes, on se rend compte que le mois de la Fête du travail subit pour le 39ème mois d'affilé une hausse du mercure.
"Frérot, y'a-t-il des zones plus touchées que d'autres par la hausse des températures au niveau mondial ?"
En effet, le rapport remis par la NOAA fait état d'une augmentation des températures extrêmement localisée en mai 2014. Plusieurs continents sont touchés par cette hausse. En Europe, c'est la partie Est qui a subi une soudaine poussée du mercure au cours de ce mois. L'Est du Kazakhstan est donc la zone la plus atteinte par la montée des températures sur le Vieux Continent par rapport à la moyenne du 20ème siècle. Du côté de l'Océanie, c'est le Nord-Ouest de l'Australie qui s'empare de la première place continentale. Certaines zones de l'Indonésie ont connu des hausses de températures exceptionnelles, battant des records en Asie.
À contrario, d'autres parties du globe possédant des zones côtières ont enregistré des températures mensuelles moins chaudes que la moyenne du 20ème siècle. Du Nord-Est de l'Atlantique en passant par le Nord-Ouest et Sud-Ouest du Pacifique jusqu'aux eaux océaniques du Sud de l'Amérique, la moyenne du mercure du mois de mai 2014 fut moins élevée que la moyenne du siècle précédent.
"La hausse de la moyenne des températures a-t-elle débuté au XXème siècle ?"
Malgré ce nouveau record mensuel - le 351ème consécutif -, au cours du nouveau siècle, force est de constater que la hausse des moyennes de température au mois de mai ne date pas d'hier.
Faire le parallèle entre d'un côté le déclin de la croissance de plusieurs pays développés, l'enrichissement de nouveaux pays industrialisés - BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) -, et de l'autre la hausse continue de la moyenne du mercure est loin de tenir du fantasme. En effet, c'est dans les années 1970 que le mois de la Fête de la Victoire de 1945 des alliés contre l'empire nazi a connu ses dernières heures de températures en dessous de la moyenne du 20ème siècle. L’année 1976 marque la fin de ce phénomène. Depuis cette date, tous les mois de mai ont battu cette moyenne, soit trente-neuf "mai" de suite.
"Comment peut-on expliquer cette chasse aux records ? Y'a-t-il quelqu'un pour souffler cette air chaud sur notre Terre frérot ?!"
Partons donc de ton idée de personnification ! Ta présentatrice préférée aime à lui donner un nom pour le rendre plus appréciable. Que ce soit une tornade, un cyclone ou un vent local, tous les phénomènes météorologiques sont affublés d'un sobriquet. "Mistral", "Tramontane" - appellations décernées aux vents du sud de la France - ou "Katrina" - nom donné à l'ouragan qui avait touché La Louisiane en 2005 sont des noms qui font désormais partie du vocabulaire populaire. Cette distinction patronymique n'est pas une simple "mode". Elle permet aux professionnels d'effectuer des travaux précis sur chaque phénomène météorologique et en tirer, à terme, un bulletin de prévention en cas de danger imminent pour l'Homme. Les vagues de chaleur ne dérogent pas à cette règle.
El Niño, c'est son substantif, est jugé responsable de la hausse continue des températures au niveau mondial. Ce phénomène climatique bouleverse complètement le cycle normal des vents marins. Habituellement, les alizés - vents secs résultant de la descente de l'air sec présente en altitude - sont très actifs au niveau de la zone équatoriale. Leur présence permet la régulation des températures entre l'hémisphère Nord et l'hémisphère Sud tout au long de l'année. L'alizé est présent sous deux formes. La première est appelé alizé "continental". Son passage au-dessus des régions désertiques permette de récupérer de la chaleur à distiller sur l'ensemble des terres. A l'inverse, l'alizé dit océanique se concentre sur les zones d'eau et fait redescendre de l’eau chaude vers l’hémisphère Sud ou remonter de l'eau froide vers le Nord. Le phénomène El Niño vient contrecarrer ses plans peu après le 25 décembre.
Il apparaît en effet en début d'année le long des côtes de l'Équateur et du Pérou. Désigné au niveau local comme un courant côtier saisonnier, El Niño met généralement fin à la pratique de la pêche professionnelle dans cette zone. La raison est simple : l'eau se retrouve tout à coup touchée par une masse d'air chaude. Cet événement conduit à une augmentation exceptionnelle de l'eau et une disparition rapide de la faune marine de la zone. Et la fuite inexorable des pêcheurs et des espèces pêchés des mers la partie Est de l'océan Pacifique Sud.
Depuis les années 1990, El Niño a malheureusement pris du galon. Son impact est mondial. Le phénomène présent du côté Est de l'océan Pacifique s'est comme "relié" à celle présente côté Ouest. Certains scientifiques nomment cette fusion ENSO (El Niño-Southern Oscillation). La formation de cette "barrière" venteuse bloque la remontée d'eau froide vers l'hémisphère Nord et la redescente d'air chaud vers la partie Sud. Cette barrière perturbe le cycle régulier des phénomènes climatiques. Au niveau mondial, le résultat est sans appel : l'air chaud est emprisonné au Nord plus de temps que prévu et sa présence est l'une des causes de l'évolution de la moyenne des températures à la hausse.
De par son anomalie, El Niño bouleverse tout un écosystème. Le Pacifique a vu ses zones de précipitations et de sécheresse se modifier à longueur qu'El Niño a pris de la bouteille. De plus, les cyclones tropicaux sont déviés de leurs chemins traditionnels. En clair, la Nouvelle-Orléans, capitale de La Louisiane, n'aurait pas été touché par le cyclone Katrina sans l'intervention de monsieur El Niño.
" Ça nous promet un été ensoleillé en tout cas ! Merci Frérot. "
Bon vent soeurette !
MIPS F.M.
