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MIPS FM | 18h49 | Le lendemain de l'attaque d'une association de consommateurs contre Facebook, Twitter et Google en France

Retrouvez chaque semaine une tentative d'éclairage de l'actualité proposée par un grand-frère attentionné à une petite sœur débordante de curiosité.

Thème de la semaine : les raisons de la mise en sommeil - ratée - de la plateforme d'échanges Twitter par Recep Tayyip Erdoğan, le Premier Ministre de Turquie

 

"Frérot, selon une étude, la fréquentation de Twitter a augmenté en Turquie. L'interdiction de Twitter n'a pas eu lieu ?!"

138 %. C'est l'augmentation spectaculaire du taux de fréquentation de Twitter  en Turquie après l'interdiction du site de microblogging clamée haut et fort par le Premier ministre du pays, Recep Tayyip Erdoğan. Ce chiffre a été révélé cette semaine par une société d'analyse des médias sociaux, Brandwatch. Plus qu'une défaite pour cet homme aux idées bipolaires. Un camouflet hystérique.

 

"Frérot, avant de connaître ta réponse, j'ai une question: qui est Recep Tayyip Erdoğan ?"

Le 27e Premier Ministre de Turquie a connu un cheminent politique et personnelle bipolaire. Détenteur d'un diplôme en Sciences économiques et commerciales de l'Université de Marmara, Recep Tayyip Erdoğan occupe le poste de Chef du gouvernement turque depuis novembre 2002. Réélu par deux fois aux élections législatives de 2007 puis de 2011, il est considéré comme l'homme politique le plus populaire du pays.

Un petit tour en prison entre 1998 et 2001 pour incitation à la haine permit à Erdoğan de prendre le temps de la réflexion pour fonder le parti politique AKP en 2002. Son pari fut gagnant avec la conquête de la majorité à la Grande Assemblée Nationale de Turquie.

Véritable bâtisseur d'un Etat ouvert à la modernité, un temps pro-européen assumé, Erdoğan a bousculé les rites politiques, diplomatiques et constitutionnels avec des aces contradictoires assumés. Pour exemple, Erdoğan fut un farouche partisan du colonel Kadhafi, chef d'Etat libyen. Ce dernier lui décernera même le prix Kadhafi des droits de l'homme en décembre 2010. Un an plus tard, et sous la pression des Etats-Unis, il mettra fin au règne, long de quarante ans de Mouammar Kadhafi sur la Lybie. Recep, un ami qui vous veut du bien.

Son gouvernement se réclame aujourd'hui comme un courant "islamo-conservateur". On appelle cela un virage à 180 degrés.

Bref, le décor est planté. Revenons à la dernière décision controversée appliquée par le Premier Ministre de Turquie, en contradiction avec ses pratiques et les idéaux prônés par son Président.

 

"En fait, le président turc s'est lancé dans une 'Chasse au déballage des affaires' ? "

"Nous allons éradiquer Twitter." La saignée sans gants, promise par le chef du gouvernement au cours d'un meeting électoral jeudi 20 mars, intervient à dix jours du premier tour des élections municipales. Ce énième coup de pied dans la fourmilière du Web 2.0 se présente comme le point d'orgue d'une année dédiée à la chasse aux réseaux sociaux et au déballage des affaires. 

Un scandale politico-financier a éclaté en décembre 2013, puis a été renforcé en février 2014 suite à la révélation d'une série d'enregistrements dans lesquels Erdoğan demande l'exécution de tâches plus ou moins légales. 

Deux exemples suffisent à mettre en lumière le système Erdoğan. A son fils Bilal, il exige de faire disparaître de leur domicile des millions d'euros et de dollars. A un chef d'entreprise, il indique les pots-de-vin à venir pour "valider" des opérations illégales sur des terrains à bâtir. Dans un premier temps, le chef du gouvernement niera en bloc ses révélations, puis reconnaîtra quelques "montages". Avant de passer à l'attaque en mars. " Nous prendrons les mesures nécessaires, quelles qu'elles soient, y compris la fermeture " déclara le Premier Ministre devant des militants de l'AKP acquis à sa cause.

Avant de prononcer l'interdiction de Twitter en Turquie, Erdoğan s'était attaqué à deux autres mastodontes de la Toile, Facebook et YouTube. Avec véhémence et colère. " La liberté n'autorise pas l'intrusion dans la vie privée de qui que ce soit ou l'espionnage des secrets d'Etat. Peu importe les réactions à l'étranger. Vous allez voir la force de la Turquie ! " Cette répulsion maladive aux réseaux sociaux en particulier, à Internet en général ne date pas d'hier. Le Premier Ministre n'hésite pas aujourd'hui à remettre le couvert afin d'étouffer des affaires personnelles.

 

" Et une 'Chasse aux réseaux sociaux' surtout, non ? "

Et tu ne crois pas si bien dire ! Sa chasse s'étend au-delà des contrées des tweets et autres likes anonymes. Erdoğan a affûté son glas contre les outils Internet... dès 2008. A l'époque, YouTube, considéré comme un outil servant la propagande des partis politiques minoritaires, fut la victime expiatoire du premier ministre. 

Six ans plus tard, la menace proférée par Erdoğan enveloppe une toute autre symbolique, plus personnelle cette fois : mettre sous silence des enregistrements privés, publiées en février 2014 sur les sites de YouTube et de Facebook révélant un scandale de corruption. L'autorité turque des télécommunications exécutera dès jeudi soir l'accès au site de microblogging Twitter. Pour justifier cette chasse aux réseaux sociaux, Erdoğan met en avant deux éléments discutables. 

Le premier est le procédé illégal utilisé dans l'enregistrement des conversations téléphoniques. Ces dernières furent effectuées de manière illégale, à l'insu de son plein gré. Les voir atterrir sur YouTube et Facebook n'a que démultiplier la rage et la colère du Premier Ministre. Erdoğan affirmera même que ces sociétés effectuent - elle aussi - des "montages". Quitte à s'inclure dans le même sac.

Le second n'est autre que "la protection de la famille, des enfants et de la jeunesse" vis-à-vis de ses deux plateformes d'échanges. 

Pour apaiser ses turpitudes, Erdoğan n'a pas hésité à utiliser un outil de taille en sa possession : le pouvoir législatif. Une série d'amendements visant à renforcer le contrôle de l'Etat sur internet a été voté par le Parlement turc dès le 5 février, soit deux semaines avant les révélations publiées par les deux sites Internet. Un membre du Parti républicain du peuple (CHP), Hasan Ören, membre de l'opposition, parlera même d'un texte "liberticide" et de " l'imposition du fascisme en Turquie " à travers la promulgation de ses amendements sans précédent. Et de surenchérir "souvenez-vous qu'Adolf Hitler a employé les mêmes méthodes lorsqu'il a pris le pouvoir en Allemagne". 

Un coup de théâtre va mettre à mal les affirmations un poil exagérées de cet élu d'opposition. Et les espoirs d'Erdoğan de faire taire définitivement les réseaux sociaux.

... stoppée nette par un tribunal administratif

La première pierre jetée dans le jardin Erdoğan proviendra du président turc en personne. Abdullah Gül, c'est son nom, a affirmé, trois jours après le meeting de l'AKP sa désapprobation quant aux menaces d'interdictions prononcées par son propre Premier ministre. "Il n'est pas légalement possible de fermer Internet et de tels sites (comme Twitter) " a déclaré le président truc aux journalistes présents à Ankara le dimanche 30 mars 2014.

La sortie de M. Abdullah Gül est tout sauf une surprise. Le président turc se définit lui-même comme un "utilisateur régulier" des réseaux sociaux. Dès le lendemain de la sortie de son premier ministre, il n'avait pas hésité utiliser son compte Twitter pour dénoncer la tentative de blocage de ce réseau social par Erdoğan. 

La seconde pierre fut projetée par la communauté internationale. Pour exemple, le secrétaire d'Etat adjoint américain aux affaires publiques, Douglas Frantz a demandé expressément à la Turquie de revoir sa décision malhabile. L'Union Européenne parlera même de "censure" à l'encontre du peuple turc. 

La dernière viendra d'un tribunal ... turc ! Situé à Ankara, un tribunal administratif a jugé mercredi 26 mars la décision du Premier ministre "contraire aux principes de l'Etat de droit. La levée immédiate de l'interdiction de "twitter" a été ordonnée dans la foulée par la justice turque. Saisi par différentes associations turques ainsi que par l'opposition, ce tribunal administratif a obligé l'autorité gouvernementale des télécommunications (TIB) à suspendre l'interdiction avec effet immédiat. 

 

Te voilà rassurée apparemment.

Parfaitement frérot ! Merci.

Merci à toi. 

 

MIPS FM

 

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Erdogan promettait une simple balade de courtoisie aux twittos - Image Libération

Erdogan promettait une simple balade de courtoisie aux twittos - Image Libération

Tag(s) : #Erdoğan, #Turquie, #Twitter, #Facebook, #Réseaux Sociaux, #YouTube, #Censure, #Communauté Internationale, #Frérotpourquoi, #Mips FM
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