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MIPSFM | 21h30 | Un jour de Blues Brothers au Standford Bridge

Arturo Braccheti est connu comme l'illusionniste aux milles visages. Le passage de l'ombre à la lumière équivaut à un rapide echange de bigarreaus sous le préau d'une école primaire pour cet as de la magie moderne. Cet art complexe, fascinant les doux rêveurs comme les plus sceptiques se décline sous une forme originale depuis quelques semaines sur les pelouses du championnat anglais. Un homme symbolise cette tendance. Son nom: Tim Sherwood.

Sherwood, admissible à Poudlard

À l'instar d'un Harry Potter évoluant dans l'ombre du Mage Noir dont tout le monde taira le nom, le camarade de chambrée d'un certain Alan Shearer au sein de l'équipe des Blackburn Rovers au début des 90's, Tim Sherwood a su -et dû - prendre le temps d'apprendre et apprendre à attendre son heure. Comme un certain Zinedine Zidane. L'international anglais évita - malgré lui - à notre futur gloire nationale de s'exiler prématurément en terre britannique. L'entraîneur des bleus et blancs à l'époque était un certain Kenny Dalglish. Vingt ans avant les tribulations du duo Suarez-Sturridge, l'équipe emmenée par le SAS vintage composé de Shearer et Sherwood fait des ravages sur les pelouses d'Outre-Manche permettant aux Rovers de truster les premières places de la toute nouvelle Premier League. En admiration devant les exploits de ses deux poulains, King Kenny s'emporte en conférence de presse: "Pourquoi vouloir faire signer Zidane quand vous avez Sherwood?" Le Prince d'Anfield doit se demander encore aujourd'hui les raisons qui l'ont poussé à passer à côté d'un phénomène rare. Bien que la carrière professionnelle des deux joueurs est incomparable, leur reconversion jouit de belles similitudes: les deux hommes se sont retrouvés entraîneur adjoint d'une équipe dont ils ont porté le maillot. Après quelques années à la tête du centre de formation des Spurs entre 2005 et 2008 puis une position d'adjoint aux côtés d'Harry Redknapp ou André Villas Boas, l'enfant de la maison est intronisé le 16 décembre 2013 en tant qu'entraîneur de l'équipe première du Tottenham Hotspur, quelques heures après le limogeage du Special Two. Zidane sait à quoi s'attendre. Et Tim Sherwood garde sans doute un temps d'avance aux yeux de Dalglish.

"Sherwood? Il n'était pas prêt pour devenir coach." David Ginola

Un mois après l'arrivée de l'anglais à la tête des Spurs, force est de constater que les effets du changement sont plus qu'encourageants. Avec 15 points engrangés sur 18 possibles, Sherwood assoit sa légitimité et légitime ses choix. Au diable la licence d'entraîneur et le costume Armani à la Villas Boas, le Sherwood opte pour la présence d'un prête-nom sur le banc de touche en la personne de Les Ferdinand pour satisfaire aux règlements des autorités de la Ligue. L'aspect vestimentaire se résume à un minimaliste survêtement de canapé. Le vide de l'apparence est chassé par le culte de l'exigence. Le Roland Courbis britannique - le très médiatique entraîneur français n'a jamais passé ses diplômes - impose ses choix en tranchant dans le vif, non sans appréhension. David Ginola, son coéquipier du temps où ils évoluaient tous les deux à Tottenham confirme cet état d'esprit: "Tim n'était pas prêt pour ce poste. Son entourage le savait. Je le savais. Il le savait. Il fait les bons choix. Je suis content pour lui." Ses choix, le nouveau coach les fait sans amertume et sans s'attarder sur les efforts financiers consentis par le board londonien au cours du marché des transferts estival. L'effet est immédiat: Tottenham ne compte qu'une défaite lors de ses matchs ses six derniers matchs. Un tour de magie qui n'a rien d'une illusion. Sherwood a plus d'un tour dans son sac.

La magie de la simplicité

Délesté du fardeau emporté dans ses bagages par le Special Zero (surnom donné par les médias anglais à André Villas Boas suite à son limogeage en décembre dernier), Sherwood s'est investi d'une mission: faire table rase du passé. Et rapidement si possible. Exit donc le turnover incessant imposé par son prédécesseur. Les joueurs s'étaient à plusieurs reprises interrogés sur ce système et les plaintes commençaient à fuiter. Sherwood reconduit le même onze depuis la mi-décembre, à deux retouches près. La stabilité est la meilleure des conseillères. Exit aussi les tactiques abracadabrantesques tous azimuts plongeant les joueurs dans une navigation à vue sur un paquebot dépourvu d'un capitaine. Histoire d'éviter l'iceberg fatal, le board a chassé de la barre le capitaine Smith du XXI siècle pour y imposer Mister Sherwood. Bien leur en a pris puisque le nouvel entraîneur se restreint à un dispositif: le 4-4-2. Le retour aux fondamentaux et la fin des tactiques fantasques, ça marche. La magie de la simplicité opère. Exit enfin l'absence de justifications des choix. Et sur ce dernier point, Sherwood n'a pas fait dans la demi-mesure.

Capoue ou l'investissement d'hier et la perte du lendemain

La routourne tourne ribéresque sourit à certains et moins à d'autres. Étienne Capoue en fait actuellement la triste expérience. Adoubé par les dirigeants londoniens au printemps dernier, le milieu de terrain de la Ville Rose accueillait gaiement ces sollicitations. Après des tractations avec le Petit Aulas de Toulouse, les Spurs officialisaient au mois d'août l'arrivée de l'international français. Six mois et une grave blessure au péroné plus tard, le séjour du beau-frère de Rachel Legrain-Trapani, Miss France 2007, pourrait bien toucher à sa fin. Après un début de saison encourageant, le milieu de terrain se blesse dès le mois de septembre face à Arsenal. À son retour en Novembre, Villas Boas n'hésite pas un seul instant et le titularise au poste de... défenseur central. L'international français se montre totalement inapte à la tâche. La présence en alternance d'un Dawson sans motivation avec un Chiriches encore en cours d'intégration maintient le Frenchie dans un marasme footballistique rarement atteint. Un énième coup de baguette magique dans l'eau qui annonça le début de la fin pour le manager lisboète. L'arrivée de Sherwood sonne la fin de cette cruelle récréation dont Capoue en est le symbole. Début Janvier, Tim Sherwood - fraîchement confirmé au poste d'entraîneur pour les dix-huit prochains mois - pointait du doigt la suffisance du "box-to-box" français. Une semaine plus tard, Étienne Capoue est placé sur la liste des transferts. Naples, qui reste sur un acte manqué avec la vrai-fausse arrivée du milieu de terrain de l'Olympique Lyonnais Maxime Gonalons, est intéressé par son profil. La magie n'a donc opéré que l'espace d'un semestre et la cruelle routourne tourne visiblement en sa défaveur. D'autres coéquipiers ont conjuré le mauvais sort au bon moment. Avec un brin de réussite.

Adebayor, l'éternel phoenix

Les studios d'Hollywood se distinguent dans l'art du remake de films français. D'Alfred Hitchcock admiratif du travail de François Truffaut à Quentin Tarantino fan du jeu de Jean-Paul Belmondo, l'industrie cinématographique américaine puise ses idées dans le cinéma Made in France. En attendant le remake du film Intouchables, leurs frères britanniques ont décidé en août dernier d'appliquer la recette dans le milieu footballistique avec minutie et un soupçon de perversité. Le scénario est totalement copié d'une histoire rhônalpine: enfermer des joueurs de football dans un loft pour une durée illimitée. Certains comme Sylvain Monsoreau ont vu leur carrière s'arrêter sur place. D'autres comme Bayal Sall furent réintégré après un an et demi de privations. Une tête d'affiche assure le succès du concept. Villas Boas, réalisateur de ce blockbuster à la réussite annoncée trouve en la personne d'Emmanuel Sheyi Adebayor le profil parfait. Bilingue français-anglais, globetrotter à succès, l'attaquant togolais est mis au placard durant six mois. Partageant un temps l'affiche avec le camerounais Bruno Assou-Ekotto - exilé depuis du côté des Queens Park Rangers en Coca Cola Championship - Emmanuel se retrouve seul et humilié. Tenu à l'écart pour l'ensemble des répétitions de l'équipe première, l'ancien pensionnaire de Ligue1 est contraint de "s'entretenir" avec l'équipe des moins de 21 ans. Et comme un film se construit de rires mais aussi de sang et de larmes, le togolais voit le sort s'acharner sur lui. À l'automne 2013, Emmanuel Adebayor perd son frère et doit s'occuper de son neveu. Seul. Livré à lui-même, n'ayant qu'une pelle en main pour creuser un trou déjà profond, le capitaine des Éperviers togolais qui avait connu une fusillade avec la sélection et perdu deux amis au cours de l'embuscade ne pouvait sans remettre qu'à un miracle. Et comme tout bon film à gros budget, le personnage principal s'en sort par le plus beau des hasards. Le départ du Special Two et la nomination de Tim Sherwood ressemble à ce type de rebondissements spectaculaires. Après six titularisations sous l'ère Sherwood, "Adé" totalise cinq buts marqués en sept matchs, dont un doublé contre Swansea pour une victoire flamboyante (3-1) ce dimanche. Bayal Sall avait ouvert la voie, Adebayor suit le guide.

La simplicité de la magie

Fort de ce nouveau succès, Emmanuel Adebayor pourrait filer quelques tuyaux à son ami twittos Assou-Ekotto pour effectuer son come-back à White Hart Lane.

Génie insoupçonné ou simple retour aux fondamentaux, la méthode Sherwood porte en tout cas ces fruits. Reste au coach des Spurs à s'inscrire aux épreuves du diplôme d'entraîneur, histoire de ne pas pomper une énième fois le charme à la française. Pour le moment, pour Courbis, tout comme pour Sherwood, la magie opère.

MIPS F.M

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Tag(s) : #Sherwood, #Adebayor, #Spurs, #Mips FM
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